CODE ROUGE (le roman)
Résumé
Déborah RITCH, jeune infirmière de vingt quatre ans
Doit quitter son cabinet médical de toute urgence.
Sa vie est en danger.
Le passé de son défunt père la rattrape.
Dans sa course à travers l’est de la France,
Elle héritera de dossiers explosifs concernant le pouvoir
Politique.
Sur les chemins de son aventure, les sentiments
Humains S’exacerberont.
Elle fera des rencontres insolites.
L’amitié, l’amour, la haine, la mort, se croiseront
Dans un engrenage infernal.
Déborah échappera-t-elle à la mort?
Attention
Le chapitre 2 revient dans le passé de Déborah.
Le 3 repart de nos jours.
Le 4 revient dans le passé de Déborah.
Le 5 y est encore.
Le 6 est les autres repartent de nos jours.
Désolé pour ces va et vient confus (c’est mes premières écritures).
Bonne lecture !
1
En raccrochant son cellulaire, Déborah RITCH sut qu’elle devait sans perdre un instant faire ses valises et quitter le cabinet.
A la fin d’une phrase, Son interlocuteur avait prononcé sur un ton neutre, deux mots : CODE ROUGE.
Ce qui signifiait entre autre, que la conversation avait été écoutée, que les zones d’émissions et de réceptions des portables avaient été repérées, et que, elle en était certaine, des tueurs se dirigeaient déjà dans sa direction.
Elle n’avait aucun doute quant à la véracité du danger imminent.
L’homme qui l’avait contacté s’appelait Mike.
Mi scribouilleur mi espion, il était pigiste pour la presse à certaines heures, détective à d’autres. C’était un personnage singulier, mais fiable.
Elle avait fait sa connaissance à l’enterrement de son père, Robert RITCH. Les deux hommes avaient été frères d’arme dans le passé.
Clouée dans son fauteuil, abasourdie par l’appel, et dévorée de questions, Déborah replongea dans son passé.
2
Robert RITCH était mort un matin de juillet deux mille cinq.
- Tu casses ta pipe à quarante cinq ans et sans dire au revoir, une chose est sûr Vieux, ce n’est pas la politesse qui t’a étouffé, Avait réagit Déborah.
Elle le nommait ainsi, non pas par dédain ou par irrespect, bien au contraire, chez les peaux rouges, le vieux est celui que l’on écoute, celui qui sait, et qui a la sagesse de l’age.
Elle le respectait mais n’était pas dupe de ses agissements passés. Elle se réservera ultérieurement un droit d’inventaire, chaque chose en son temp.
A l’annonce de sa mort, elle avait décacheté une enveloppe sur laquelle était écrit: A ouvrir quand je serai raide. Robert.
Elle en avait retiré une lettre manuscrite, stipulant de manière technique les dernières volontés de son père:
Ma dépouille doit être incinérée.
Mes cendres doivent être déposées sous une pierre, coté ouest, au bord du lac de la clarée. Il se situe au dessus de NEVACHE, à 2433 mètres d’altitude dans les HAUTES-ALPES.
Seules les personnes suivantes sont conviées à la petite sauterie:
Déborah, ma fille.
Gill, ma compagne de tous les instants.
Mike, mon frère de sang.
C’est tout. Adieu la compagnie.
- Merci papa, pour ta lettre d’adieu tellement sentimentale, avait lâché Déborah en referment le testament.
L’ironie, la dérision, et l’humour en toute choses étaient ses ultimes défis au malheur. Elle affectionnait cette citation de l’Anglais CHESTERTON « La vie est une chose trop importante, pour être prise au sérieux »
C’est Gill qui avait annoncé le décès de Robert à Déborah. Ensembles, elles s’étaient rendues à l’incinération, puis elles avaient convenus d’un rendez-vous le surlendemain à NEVACHE.
Déborah s’était demandé, comment son père avait pu tombé amoureux de cette femme glaçon, une créature froide et insipide.
Quant à Mike, elle avait ignoré ou le joindre, Elle en avait touché deux mots à Gill.
- Je vais voir ça, lui avait-elle répondu sur un ton cassant.
Pourtant, Deborah avait remarqué que l’évocation de Mike ne l’avait pas laissé indifférente. Le glaçon s’était le temps d’une seconde liquéfié.
En arrivant au lac de la clarée pour la cérémonie, les deux citadines étaient hors d’haleine. Le manque d’oxygène, les quatre cent mètres de dénivelé positif, et les deux heures trente de marche depuis le parking avaient eu raison de leurs organismes peu rompus à la randonnée en montagne.
Le paysage était sublime, il n’y avait pas âme qui vive. Subitement, elles aperçurent un homme surgit de nulle part, se diriger dans leur direction.
Il leurs fit un signe amical de la main, sa vitesse de déplacement leurs donna une sérieuse indication sur sa forme physique. Là il y a du gaillard, jugea Déborah.
Il n’était plus qu’à une dizaines de mètres d’elles, ce qui leurs permit d’examiner le bipède dans toute sa splendeur.
Il était vêtu tel un indien d’Amérique tout droit sortit du long métrage aux sept oscars : DANCE AVEC LES LOUPS.
Son visage taillé à la serpe était peint en noir; sur sa tunique de peaux, il arborait de jolis bijoux tribaux; il portait en bandoulière, un grand arc et un carquois remplit de flèches; un poignard de quarante centimètres pendent à sa ceinture complétait l’équipement de l’oiseau rare.
Déborah sans le connaître, sut que c’était Mike.
Il s’arrêta devant les femmes, les salua silencieusement, et après un long regard, il leurs dit :
- Nous parlerons en bas, les esprits n‘aiment pas les jacasseries.
Il les prit dans ses bras, ils éclatèrent en sanglots. Toutes leurs souffrances accumulées les jours précédent ce libérèrent d’un seul coup.
Les sentiments humains quels qu’ils soient, s’exacerbent à plusieurs, pensa Déborah.
Ils se rendirent sur le bord ouest du lac. Déborah se baissa, déplaça une pierre et creusa un petit trou. Elle y déposa les cendres de son père, Gill y plaça une plume d’aigle, Mike y posa un tout petit totem qu’il avait sculpté, et replaça la pierre.
Chacun leur tour, ils se recueillir sur la pierre tombale de Robert.
Cinq minutes plus tard, ils reprirent ensemble la direction du parking.
3
Déborah fixait le cellulaire posé sur son bureau. Elle appuya nerveusement sur la touche LECTURE de son dictaphone pour réécouter l’appel de Mike. Par acquis de conscience elle l’avait enregistré.
« Salut Deby, c’est Mike, ne parle pas et écoute moi bien. J’espère que tu vas bien mon petit code rouge. Te rappelles-tu notre rencontre là-haut à NEVACHE, j’ai besoin de ton aide Déborah, remonte à la source et deviens toi-même. Tu peux raccrocher maintenant, TCHUSS ».
Pour le code rouge c’était clair : danger imminent, pour le reste elle y réfléchirait plus tard.
Déborah n’avait pas l’intention de mourir prochainement, de surcroît assassinée et sans savoir pourquoi.
C’était une jeune femme pleine d’entrain. Son visage rayonnait la joie de vivre, de longs cheveux blond clair mettaient en valeur ses yeux bleu foncés, en accrochant plus longuement son regard franc l’on pouvait déceler une pointe de tristesse retenue. Elle était de taille moyenne, Sa démarche féline sublimait ses formes féminines, ce qui lui donnait un charme considérable.
Dans quelques mois elle aurait vingt-cinq ans.
Elle exerçait la profession d’infirmière libérale. Trois ans auparavant elle s’était associée avec Chris RONDEAU, un médecin généraliste. Ensembles Ils avaient ouvert un cabinet médical au rez de chaussé d’une maison, l’étage leurs servait d’appartement.
Dans un premier temps strictement professionnelle leur relation était devenue amicale, puis l’amour s’en était mêlé.
Mais depuis quelques mois la flamme de la passion s’éteignait peu à peu. Leur union était à son crépuscule. Déborah en concluait que l’amour sans ouverture d’esprit et sans franchise était voué à la petitesse ou à l’échec
Elle écouta encore une fois le message de Mike, le nota sur un bloc note, arracha la feuille et se leva d’un bon. Elle sentait l’adrénaline envahir son corps, ainsi que ressurgir dans son cerveau de vieux savoirs stratégiques, appris antérieurement.
La maison lui parut soudain immense. Chris était en rendez-vous à l’extérieur. Elle déboula dans son bureau, pris un post-it rouge, y griffonna « Je pars salut. Debra ». Elle le colla sur un sous main au milieu du bureau et ressortit en trombe.
Elle transpirait, son cœur battait à tout rompre.
Elle gravit quatre à quatre les marches d’escalier, rentra dans l’appartement et fonça dans leur chambre. Elle sortit du placard, un sac à dos de soixante litres qu’elle jeta sur le lit. Sac de couchage, gourde, réchaud, popote, frontale (lampe), top 25 (carte), chaussettes, sous vêtement techniques, polaires,
Goretex, gants, panchot, guêtres, et autres matériels de survie prirent le même chemin. Tout fut bourré dans le sac. Elle se vêtit en randonneuse, laça ses chaussures de marche et sortit de la pièce. Dans la salle de bain, elle récupéra une trousse rouge sur laquelle était écrit FIRST AID KIT, c’était une pharmacie (le cordonnier était bien chaussé).
Elle ressortit de l’appartement et dévala l’escalier jusqu’au sous sol.
Chris avait fait sceller dans un mur du garage un petit coffre fort. Déborah l’ouvrit, y retira une grosse enveloppe remplie de billets de banque ainsi qu’une boite en plastique contenant cinq ampoules de morphine. Elle décrocha du mur sa tente de bivouac une personne et deux bâtons télescopiques, puis s’empara du poignard de son père dans un tiroir de l’établi.
Tout à coup elle entendit du bruit, se figea, et attendit sans bouger, la peur au ventre. Une ombre apparut, c’était le chat de Chris qui déambulait dans la chaufferie. Elle le saisit, lui scotcha le cellulaire sur le collier, ouvrit la porte du garage, et le fit sortir.
Elle grimpa dans le RAV4 de son compagnon.
La carte grise était au nom de jeune fille de l’ex-femme de Chris, il lui avait offert avant leur mariage. Quand Chris avait demandé le divorce, elle lui avait jeté les clefs à la figure en hurlant « Garde ta bagnole cœur d’artichaut ».
Quoiqu’elle déteste les 4x4 trop polluants et d’aucune utilité en ville à son goût, Déborah conclut que c’était la meilleure solution pour ne pas se faire repérée.
Il était vingt et une heures quinze quand elle s’engagea dans la rue. Un dernier regard à la maison qu’elle fuyait, lui donna l’étrange pressentiment qu’elle ni reviendrait plus.
Depuis le code rouge, il lui avait fallu quinze minutes pour mettre les voiles.
Déborah gara le Toyota devant la gare de BELFORT, elle traversa la rue et poussa la porte d’un bar : LA BRASSERIE DE FRANCE. Elle s’affala dans une banquette de skaï rouge, commanda un demi, et ferma les yeux quelques instants. Elle était trempée de sueur.
Une heure après, elle ressortit du bar détendue et souriante, Tout était clair dans tête.
Déborah RITCH savait ce qu’elle avait à accomplir.
4
La descente au parking fut plus aisée que la montée au lac, quoique plus éprouvante pour les genoux des citadines.
Déborah contemplait l’énigmatique Mike. Il bondissait sur les sentiers pierreux tel un chamois. Des le premier contact, elle avait été séduite par cet homme. Les regards bienveillants et remplis d’amour qu’il lui avait adressé l’avaient dérouté, jamais son père ne l’avait regardé ainsi. Il était mort depuis deux jours mais bizarrement il ne lui manquait pas.
Elle avait la gorge noué, tout ce quelle avait enduré depuis longtemps remontait à la surface, toutes ses rancœurs larvés étaient sur le point d’éclater.
- Entre amour et haine mon cœur balance, murmura-t-elle.
Ayant devancé les citadines, Mike les attendait sur le parking, tranquillement assit dans la caisse de son pick-up. Il les invita à prendre un verre « Chez lui » un peu plus bas.
Déborah s’attendait à tout.
- Suivez-moi, leurs hurla-t-il en s’enfournant dans son tout terrain.
Elles eurent du mal à suivre l’indien sur la petite route de montagne qui descendait dans la vallée.
Quatre kilomètres plus bas, Mike tourna brutalement à gauche, et s’arrêta dans un nuage de fumé sur un parking en terre.
En arrivant, Gill lui lança des regards noirs, sa vitesse de conduite en était certainement la cause.
- Ces deux là ne feront pas de vieux os ensembles, murmura Déborah, en constatant l’animosité grandissante entre les deux individus.
Les trois personnes traversèrent la route, et pénétrèrent dans un charmant petit camping isolé en pleine nature, au pied des montagnes. Un panneau indiquait :
CAMPING DE FONTECOUVERTE. ALT 1800 m.
- Je parie que c’est chez vous là, Mike, s’exclama Déborah en désignant le seul tipi du terrain.
Non, perdu, premièrement tu dois me tutoyer, deuxièmement je n’habite pas là-dedans comme ma tenue pourrait le faire croire, mais dans le château un peu plus haut. Machinalement, elles levèrent les yeux, seules des sapins s’offrirent à leur vue.
- Oh Mike, gloussa Gill. Ils rirent ensemble.
L’atmosphère tendue jusque là, s’apaisait quelque peu.
Ils pénétrèrent à l’intérieur du tipi. Les femmes prirent place sur de belles peaux de bêtes disposées en cercle autour d’un foyer, Mike fit rejaillir le feu de braises moribondes, et mis de l’eau à chauffer. Deux minutes plus tard, ils dégustèrent un extraordinaire thé, tilleul, sapin.
- fabrication maison, expliqua Mike, puis il enchaîna en fixant Gill :
- comment est-il mort ?
- Il était malade du cœur et ne voulait plus prendre ses remèdes, il avait décidé de laisser faire la nature. « La mort n’a qu’à passer, c’est ouvert » disait-il tout le temps.
La veille de sa mort nous avons décidé d’aller camper au grand ballon, voir le soleil se lever sur les vosges. En fin de soirée nous avons planté notre tente sous le sommet, « Aux premières loges pour demain » a dit Robert.
Nous nous sommes réveillés à quatre heures, avons ouvert la porte de la tente, et sans sortir de nos sacs de couchages, avons attendu l’étoile solaire. C’est toujours particulier de voir le petit trait orange apparaître à l’horizon. Nous nous sentions deux particules admirant le fonctionnement du système solaire.
Le soleil apparut. Quelques instants plus tard, Robert s’est mis à faire une grimace, il a porté une main à son cœur, j’ai voulu l’aider, il ma dit « Laisse tout va bien, j’ai la fin que je voulait, c’est ça le luxe ».
C’était fini.
Un moment silencieux passa, Gill décida de prendre congé, elle dit au revoir, et partit silencieusement.
- Tu ne l’aimes pas beaucoup, pas vrai Mike ? demanda Déborah quand Gill fut loin.
- Tu veux dire pas du tout, je ne crois pas qu’elle aimait vraiment ton père.
- Pourquoi dis-tu cela ?
- L’instinct Deby l’instinct.
Ils se fixèrent pendant un moment, puis il se rapprocha d’elle, lui prit une main et dit :
- Je vois beaucoup de tristesse dans tes yeux Deby, à vingt trois ans tu as déjà un gros fardeau sur les épaules, je suis à ton écoute, si tu veux me parler.
- Depuis la mort de maman ça ne va plus, après l’enterrement papa m’a emmené passer six mois en-
- Oui, et après votre voyage de six mois ? La coupa Mike en lui faisant signe d’enchaîner sur la suite.
- Après papa à changer, il s’est réconcilié avec sa sœur et sa famille. Je ne désirais pas les côtoyer, alors il m’a mit de côté. J’ai été sacrifié sur l’autel de la réconciliation familiale.
Nous nous sommes vu de moins en moins, puis plus du tout, la dernière fois que j’ai vu mon père c’était il y a six mois.
Mike la prit dans ses bras.
- Ne t’en fait pas Deby ce n’est pas ta faute, ton père n’était plus le même ces dernières années je l’ai ressenti moi aussi, Nous nous enguelions souvent tu sais. Pour ce qui est des autres, le simple fait de parler d’eux nous fait dépenser de la salive inutilement, ce sont de sinistres cons, laisse les dans leur panier de crabe. Tu as de la peine c’est normal, il faut rester cool, ne te prend pas la tête, le temps qui passe s’occupera de tes blessures. Un proverbe chinois dit: « Le bœuf est lent, mais la terre est patiente », soit la terre Deby et dis-toi que, tout ce qui ne te tue pas, te rend plus forte.
Ils bavardèrent ensemble encore une heure, puis Déborah souhaita partir.
Mike la raccompagna au parking.
- Tiens c’est celui de ton père, il tenait à ce qu’il te revienne, dit-il en lui tendant un poignard qu’il venait de détacher de sa ceinture.
- Merci Mike, lui répondit-elle émue aux larmes. Elle saisi le couteau, l’embrassa, et monta dans sa voiture.
- Occupe-toi bien de la lame, sinon il est foutu, conclut Mike en lui lançant un clin d’œil. Il tourna les talons et s’éloigna rapidement.
Déborah sortit l’arme de son étui, un petit mot lui tomba sur les cuisses, elle le déplia et le lut.
DEBY
Je sais que tu as passé six mois en montagne avec ton père.
Il t’a enseigné à devenir toi-même.
Une femme libre sachant s’adapter à tout, en toutes circonstances, et dans n’importe quel endroit de la planète.
N’oublie pas ces savoirs stratégiques, ils te serviront dans le futur.
Un jour certainement j’aurais besoin de ton aide Déborah.
A BIENTÔT
PS : Méfie-toi de Gill ! MIKE
Déborah sortit du parking en soupirant.
Mike et son père avaient été agents secrets, ou agents spéciaux, au choix, durant leur vie active. Elle s’était souvent demandée s’ils n’avaient pas développé à la longue, Une paranoïa chronique.
A deux kilomètres de là, Gill ricana cyniquement. Elle affichait un sourire hideux (ou plutôt une grimace). Peu de femmes au monde auraient été capable de s’enlaidir à ce point.
Elle appuya sur la touche STOP du magnétophone qui se trouvait à coté d’elle, puis elle rangea l’appareil dans un sac noir et démarra.
Arrivée à BRIANCON, elle s’engagea sur la route de GRENOBLE.
Elle composa sur son portable, un numéro à PARIS et appela:
- Allo! répondit une voie d’homme mur.
- Je rentre.
- Quand ?
- Demain neuf heures.
- OK pour neuf heures.
Gill raccrocha et appuya sur l’accélérateur.
- Adieu damnées montagnes, s’exclama-t-elle.
5
Gill ROSS arpentait d’un pas sec les rues de PARIS, les talons de ses escarpins claquaient sur le bitume.
La citadine renaissait.
- Au diable les chemins caillouteux, au diable les ploucs de montagnards, se réjouit-elle.
Elle remonta la rue Cambacérès. Place des Saussaies, elle s’infiltra par une petite porte dans le sas de sécurité d’un grand immeuble Haussmannien. Elle appuya son index droit sur une console d’identification biométrique, la seconde porte se déverrouilla et s’ouvrit sur un vestibule, elle le traversa, et stoppa devant une porte d’ascenseur. Elle approcha son œil droit d’un scanner d’identification irienne, la porte s’ouvrit, elle s’engouffra dans la cabine. Cinq secondes plus tard, Gill ROSS, l’agent F 11 pénétra dans le quartier général de la C.S.S.E.
La C.S.S.E était la cellule des services secrets de l’Élysée.
Elle avait été crée en mille neuf cent quatre vingt un par le précédent Président de la République. Il avait pensé q’une démocratie telle que la France ne pouvait pas exclusivement se reposer sur sa police, sa justice, et ses services secrets pour la préservée des dangers sournois que le monde porte en son sein.
Il avait donc désiré, disposer d’une poignée d’hommes au dessus des lois.
La cellule avait été uniquement sous ses ordres. Officiellement elle n’existait pas. Sa mission était d’accomplir tous les actes inavouables de la République Française.
Sa devise était : TOUT, PARTOUT, N’IMPORTE QUAND.
Le Président suivant, Henri AMIEL, élut en quatre vingt quinze avait conservé la cellule. Le seul changement effectué avait été d’y placer un de ses hommes de confiance, Albert ROUVE.
Jusque-là chef de la sécurité personnel d’AMIEL, ROUVE était devenu le commandant de la C.S.S.E.
Il la dirigeait depuis dix ans. C’était un militaire de cinquante huit ans ayant voué quarante ans de son existence à la France. Il était divorcé trois fois. Les jours de blues, il ingurgitait « Mon cocktail » disait-il, Whisky anti-dépresseurs. Acariâtre et blasé il n’aspirait plus qu’à une chose, se retirer dans sa petite ferme du Périgord, en mai deux mille sept.
ROUVE commandait dix neuf personnes.
Dix sept étaient des agents de terrain, partagé ainsi :
*Sept, opéraient seuls, ou, à deux occasionnellement.
*Dix, étaient réparti en deux commandos de cinq agents chacun.
Ils avaient tous été recrutés parmi les meilleurs éléments du G.I.G.N.
Les deux derniers agents restaient stationné au Q.G.
*L’un, surnommé la taupe assurait l’intendance, l’informatique, la technique, et la logistique.
* L’autre, surnommé gratte-papier s’occupait du secrétariat et des relations avec l’administration. ROUVE avait personnellement recruté ces deux agents, ils n’avaient pas de dossier, personne ne savait d’où ils venaient. Le bruit courait qu’il les avait sorti de prison, c’est peut-être pour cela qu’ils le vénéraient.
La C.S.S.E se trouvait au quatrième sous sol du ministère de l’intérieur, mais n’avait aucunes connexions avec lui. L’entrée et la sortie se faisaient seulement par l’ascenseur, une petite trappe de cinquante centimètres de coté raccordait l’armurerie de la cellule à un parking du ministère. Elle permettait à la taupe de passer armes et matériels aux agents, ils pouvaient ainsi sortir du bâtiment en voitures et en tout anonymat. Une troisième sortie existait dans le bunker, c’était un tunnel de la grandeur et de la largeur d’un homme partant du bureau du commandant et aboutissant à l’Élysée. Le Président et son exécutant pouvaient ainsi se consulter en toute discrétion et à tous moments.
Il était huit heures du matin, Gill avait rendez-vous à neuf heures avec le commandant. Elle entra dans le laboratoire technique, y déposa le sac noir contenant le magnéto et dit :
- Je veux ça le plus vite possible sur papier.
- OK ! Trente minutes, répondit la taupe.
- Je le veux en quinze.
- Vas pour vingt et merci pour le sourire et le café milady.
Elle lui adressa un rictus disgracieux et fila dans son bureau.
Elle ouvrit un gros dossier noir et en sortit trois chemises.
La première contenait un rapport d’une page relatant une intrusion informatique interne à la cellule, et remontant à cinq mois.
La deuxième chemise renfermait le dossier d’un ancien agent de terrain, le matricule M 35, Robert RITCH. Elle survola du regard les états de services de son ex, elle les connaissait déjà :
* Agent de groupe commando.
* second d’unité.
*Neuf ans et demi de service.
*Mit à la retraite après une mission échoué ou trois membres de l’unité sont morts.
*Élément remarquable.
La troisième chemise contenait également le dossier d’un ancien agent de terrain le matricule M 32, Mike MERCIER. Elle parcouru les états de services du gaillard :
*Agent de groupe commando.
*Chef d’unité.
*Neuf ans et huit mois de service.
Mit à la retraite après une mission échoué ou trois de ses hommes ont trouvé la mort.
*Élément remarquable.
Les deux frères d’armes avaient été démissionnés le même jour.
- Que s’est-il passé pendant cette mission ? Se demanda Gill. Robert n’a jamais voulu se confier là-dessus.
A neuf heures, elle entra dans le bureau du commandant ROUVE avec son rapport fraîchement écrit sous le bras. Le commandant était au téléphone visiblement énervé.
- What ?
- … … …
- No ! No ! Nothing !
- … … …
- What ? Fuck you ! Éructa-t-il avant de raccrocher violement le téléphone.
- Les enfoirés d’Anglais ! Hurla-t-il.
La journée va être arrosée, songea Gill.
- Bonjour patron, glissa-t-elle en souriant.
- Bonjour ROSS asseyez-vous, excusez ma vulgarité, les Anglais sont infernales, je me demande s’ils n’ont pas le cerveau à l’envers, bref, revenons à nous. Je vous présente toutes mes condoléances pour la perte de votre ami Robert, ça faisait combien de temps que vous étiez ensemble, quatre mois ?
- C’étais pour le boulot patron et vous le savez bien, lui rétorqua-t-elle en le regardant de travers.
-Joindre l’utile à l’agréable, voila ce que c’était, vous n’allez pas me faire croire que vous n’aviez pas de sentiments pour lui.
Elle levait les yeux ou ciel, il continua :
- Vous êtes une femme fatale ROSS, vous surveillez dont on ne peut plus prés un suspect, et il vous claque entre les doigts.
- Il était cardiaque !
- Oui, oui ; j’ai lu le rapport du légiste, mais j’espère que vous n’avez pas laissé libre cour à votre goût pour le crime.
- J’ai fait mon boulot d’enquêtrice patron, c’est tout.
- OK ! C’est clair n’en parlons plus, de toute façon je ne vous reproche rien. Bon, la suite, qu’avez-vous pour moi ?
Elle lui tendit le rapport. Il le lut entièrement, se leva, et vint s’asseoir sur le coin de son bureau, face à elle.
- Rien de neuf ! S‘exclama-t-il, et la fille RITCH qu’en pensez-vous ?
- Une jeune infirmière visiblement un peu paumée, pas de danger. Par contre, c’est Mike qui ne me plait pas, je suis sur qu’il cache quelque chose.
- Pour le moment, nous ne savons pas ce qui a été vu ou prit, nous n’allons pas déclancher une guerre sur des présomptions, cependant vous allez suivre ce dossier en
Stand-by. Écoutes discrètes de Mike, et de la gamine ont ne sait jamais, et si ça bouge, nous aviseront.
- Entendu ! Ah, au fait patron, que s’est-il passé pendant leur dernière mission, pour que Mike et Robert aient été mis à la retraite le même jour ?
- Rien de spécial ROSS, une mission d’en haut qui a foiré, c’est tout.
Il était évasif, elle comprit qu’il n’en dirait pas plus.
Il la raccompagna jusqu’à la porte. Dans le couloir un jeune homme discutait avec gratte-papier.
- Tiens ROSS, je vous présente Lucas SERRES notre dernière recrue, Il est arrivé hier. C’est à vous que revient l’honneur de le former. Vous le brieferez sur notre petite histoire de ce matin, à partir de maintenant, c’est votre acolyte. Bonne chance, conclut ROUVE, en s’éloignement avec le sourire. Il était content de son coup.
Gill avait acquiescé de la tête, mais l’idée d’avoir un novice sous sa tutelle ne l’enchantait guère.
Elle avait quarante ans, n’avait jamais été mariée, n’avait pas eu d’enfants, et considérait les jeunes comme « un ramassis de branleur » selon ses propres termes.
Lucas SERRES tendit sa main en direction de Gill et dit :
- Bonjour Madame, enchanté !
- Appel-moi ROSS ça suffira, et mets-toi dans la tête que tout contact physique est inutile entre nous, je suis ta formatrice pas ta mère, ni ta girlfriend.
- Bien, à vos ordres, balbutia SERRES refroidit d’entrée. Il est clair que je ne suis pas ton boyfriend, raisonna Lucas, je me demande d’ailleurs qui peut bien vouloir coucher avec une taupe pareille, ça commence bien.
Le commandant empoigna son téléphone et tapa sur une touche rouge.
- Allo !
- Bonjour Monsieur, puis-je venir ?
- Oui, je vous attends.
- Merci, termina ROUVE. Il raccrocha, se leva, et s’engouffra dans le tunnel.
Cinq minutes plus tard, il entra dans le bureau du Président de la République.
- Bonjour Monsieur. Je tenais à vous informer d’un petit souci.
- Je vous écoute, s’assombrit Henri AMIEL.
- Il y a six mois, nous avons eu une intrusion informatique interne, quelque chose de vu ou pris, rien de grave en tous les cas, enfin pour l’instant. Nous avons mené une petite enquête, et il se pourrait que les intrus soient deux agents que vous avez mis à la retraite après l’opération ATLAS. L’un viens de décéder, nous gardons un œil sur l’autre.
AMIEL fit la moue.
- Vous le savez comme moi ROUVE, que la mission ATLAS était une erreur, le fait que je l’eu avorté n’a pas influé sur son issue tragique, personne n’est responsable du décès de nos trois agents.
- Je sais Monsieur, mais l’agent débarqué pense le contraire.
- ATTENTION ROUVE ! Un homme blessé dans son amour propre peut-être dangereux, s’il devient embarrassant, faite le nécessaire. Il me reste moins de deux ans aux affaires, je ne veux surtout pas d’esclandre. Bien je vous laisse, une mission m’appel, La POLITIQUE ! Conclut AMIEL en montrant la porte à ROUVE.
Le commandant regagna son bureau, plus désabusé que jamais, il explosa :
- Vingt ans de larbina pour en arriver là. Cher compatriote, laissez-moi vous conter la recette du dirigent politique : Un verre d’hypocrisie, un verre de couardise, deux doigts de versatilité, complétez avec de la leçon de moral. Buvez cul sec, car c’est amer. Vous verrez, vous serrez vite saouls.
Il s’enferma dans son bureau et se prépara un cocktail.
Confortablement installée dans son fauteuil de bureau, Gill fumait une cigarette. Elle avait envoyé son apprenti à l’armurerie.
- La taupe va lui exhiber les armes à feu, les jeunes cons adorent ça. Moi, je préfère les armes blanches, la mort est plus lente, on a le temps de voir le regard effrayé de sa victime agonisante, murmura-t-elle cyniquement entre ses dents.
Elle s’était aigrie au fil des ans, la méchanceté avait remplacé la bonté, qui jadis avait été présente dans son cœur.
Elle repensa à Mike, à leur rencontre, à la seule nuit qu’ils avaient passé ensemble, et au lendemain matin, quand il l’avait éconduite rudement. Elle avait aimé cet homme, maintenant elle le haïssait, elle était sur de sa culpabilité, et espérait une erreur de sa part, alors elle se vengerait.
- Le bœuf est lent, mais la terre est patiente Mike, souffla-t-elle en riant.
Elle était loin de se douter que onze mois plus tard, il téléphonerait un code rouge à Déborah RITCH.
6
Gill ROSS était attablé à la terrasse d’un bar parisien, elle dégustait d’un air absent un café crème.
Elle allumait machinalement une cigarette, quand la sonnerie de son cellulaire la fit sursauté. Elle décrocha nerveusement,
- OUI !
- Encore en forme aujourd’hui milady, salut quand même, tu me reconnais, c’est la taupe.
- Qu’est-ce que tu veux ?
- M 32 a téléphoné à la fille de M 35 hier soir, le commandant t’attend.
- J’arrive.
Gill raccrocha le sourire aux lèvres, elle se leva, et prit une grande inspiration. Elle savourait cet instant attendu depuis plus de huit mois. Elle balança quelques pièces sur le guéridon, et s’exclama en partant :
- A nous deux Mike, ton heure a sonné, je vais venir m’occuper de toi, MON AMOUR.
ROUVE attendait Gill dans son bureau.
- Bonjour monsieur.
- Bonjour ROSS, prenez place; café, whisky ?
- Un café suffira merci.
Ils écoutèrent l’appel que Mike avait passé à Déborah.
- Pourquoi a-t-il téléphoné à cette fille ? Demanda Gill.
- Cette fille comme vous dite, pourrait bien être formées à nos techniques, et c’est pour cela qu’il la contacté. Les six mois de sois disant voyage avec Robert étaient certainement un stage commando, façon RITCH, vous voyez le genre. Une chose est sur maintenant, Mike est en possession de documents importants.
- Dans ce cas patron, il faut les neutraliser au plus vite.
- Avez-vous une idée de l’endroit de leur rendez-vous ?
- Je pense que Mike parle de la source du Doubs. Elle est située prés du village de MOUTHE, dans le département du DOUBS. Robert m’avait fait visité le site, il adorait y aller.
- ah, Robert est sa nature Mike est pareil, qui a-t-il dans ce patelin ?
- Rien, c’est un trou paumé, des bouseux sans intérêt, quoique stratégiquement. . . La SUISSE est à coté, c’est idéal pour un repli sans trop de risques.
- Bien, Bien, et le code rouge ?
ROUVE admirait les déductions rapides et précises de Gill, il la considérait comme son meilleur agent féminin.
Elle répondit :
- Il a certainement voulu lui faire peur, pour qu’elle retrouve ses réflexes de survie.
- Un code rouge implique aussi un compte à rebours non? Quarante huit heures normalement.
- Exact patron, mais vu l’heure d’appel, je penche pour trente six heures.
- Bien ! Parton sur le scénario suivant : Mike attendra la fille RITCH à MOUTHE, demain à neuf heures du matin. C’est votre dossier ROSS, je contact SERRES et-
- NON ! Patron, l’interrompit-elle, je veux régler cette histoire toute seule. Pas besoin d’être deux pour s’occuper d’un retraité et d’une infirmière.
- Ok comme vous voulez, mais pas de vagues, allez-y mollo, les infos sont l’objectif prioritaire. Soyez très vigilante face à Mike, je le connais bien, il est dangereux. En ce qui concerne la gamine, vous avez carte blanche, de toute façon elle en sait déjà trop. Informez-moi quand tout sera réglé. Bonne chance.
- Merci commandant. Conclu Gill en se levant.
En la regardant sortir de son bureau, ROUVE éprouva une terrible incertitude, il lui avait cédé trop vite. Peut être eut-il dû lui imposer de faire équipe avec SERRES, Mike était une bête imprévisible.
Il se servit un double whisky, se leva le verre en main, fit trois pas et se planta devant un miroir accroché au mur. Il inspecta son visage boursouflé et s’apostropha :
- Prudence Albert ! Tu ne dois pas douter de tes décisions. Tes hommes risque leur peau. C’est toi le patron alors assure, encore un an vieux, juste un an.
Gill déboula dans l’armurerie et remit à la taupe une liste de matériel à préparer, précisant qu’elle récupérera le tout dans le parking, elle fila ensuite dans son bureau avec une pile de documents dans les bras.
La citadine bon chic bon genre entamait sa métamorphose.
Elle s’imprégnait de sa mission, son cerveau bouillonnait, ses gestes étaient plus précis et plus rapides.
Il était huit heures cinquante neuf; L’agent F 11, implacable machine à tuer de la C.S.S.E était opérationnelle.
Dans un hôtel de la vieille ville, à quatre cent kilomètres de PARIS, une jeune femme achevait sa nuit.
Le carillon de la cathédrale Saint Christophe sonna neuf fois, Déborah s’éveilla.
La veille au soir? Après avoir quitté LA BRASSERIE DE FRANCE, elle s’était promenée dans BELFORT avant de prendre une chambre.
Elle aimait cette petite ville chargée d’histoire et de culture. C’était la préfecture d’un des plus petits départements Français. « Le petit dur » inscrit sous un lion avait été pendant un temps le logo touristique du TERRITOIRE de BELFORT. Un château fortifié, Construit par Sébastien Le Prestre de VAUBAN dominait la ville, devant la forteresse trônait un lion couché regardant l’horizon, il était l’œuvre d’Auguste BARTHOLDI. L’ensemble était en grés des Vosges, la verdure omniprésente et la pierre rougeoyante donnaient au complexe un attrait certain.
Déborah était né à BELFORT, y avait grandit et y avait accomplit sa scolarité. C’est dans une école privé, « chez les cathos » comme elle les appelait, qu’elle avait apprit à ses dépends ce qu’était la frustration, l’injustice, et l’humiliation. Cet apprentissage avait forgé son caractère, elle était devenue psychologiquement indestructible. Coté religion, elle ne croyait plus en qui que se soit, excepté en elle.
Lorsqu’il lui arrivait de converser avec de fervents catholiques pratiquants, elle aimait évoquer un roman de Victor HUGO, dans lequel un évêque du nom de MIRIEL avait offert tous ses biens matériels aux pauvres. Cet homme considérait que l’amour de Dieu valait toutes les richesses du monde. Une sorte de leçon de littérature destinée au clergé. Généralement la conversation montait en intensité, alors Déborah s’enflammait :
« Sur terre actuellement, un enfant meurt de faim toutes les sept secondes. Au Vatican, il y a des personnes qui prêchent le partage et l’amour de son prochain, ils déambulent luxueusement habillés dans leur palais doré et se repaissent de nourriture et de certitudes, trouvez-vous cela normal ?
Ne sont-ils pas de médiocres créatures ?
Sans attendre de réponse elle enchaînait de plus belle :
Ces agissements me conduise à la réflexion suivante, Dieu s’il existe est entouré, à sa droite de monsieur cynique et sa gauche de monsieur tartufe ».
En général ses interlocuteurs, grands démocrates devant l’éternel, se sentant insultés par de telles blasphèmes, coupaient court à la discussion.
Déborah RITCH était une jeune femme pragmatique et libre de tous carcans mentaux.
Déborah avala un petit déjeuner frugal et prit à pied la direction de la gare. Arrivée sur place, elle scruta le parking pendant dix minutes avant de se diriger vers le Toyota. Elle démarra et emprunta un itinéraire incohérent pour s’assurer que personne ne la filait. Après cinq minutes de conduite, elle stoppa le véhicule dans une rue secondaire. Elle fit un dernier récapitulatif, sa traduction concernant le message de Mike était en tous points identique à celle de la cellule.
Le RAV4 s’ébranla, Déborah avait son itinéraire en tête. Elle se le remémora encore une fois :
Je transiterai par la ville de DELLE, je franchirai la frontière, puis emprunterai les routes de SUISSE jusqu’au petit village de CHARBONNIERES. Cette commune vaudoise se situe à cinq kilomètres de la frontière Française et à onze kilomètres de MOUTHE. Je laisserai le Toyota au hameau du CHATEAU DU BONHOMME, et continuerai mon trajet à travers bois. Je marcherai deux heures, puis camperai pour la nuit. Demain matin, je gagnerai la source en une heure. Trois heures de progression en pleine nature ne me semblent pas superflu, étant donné que ma vie dépend en partie de mes actes.
Gill trépignait depuis moins d’une minute à la réception de l’hôtel ÉTOILE DES NEIGES à MÉTABIEF, quand une hôtesse l’accueillit.
- Bonjour madame vous désirez ?
- J’ai réservé une chambre au nom de Sophie LAURENT.
- Oui, c’est la dix, voila la clef. Prendrez-vous un petit déjeuner ?
- A partir de quelle heure le servez-vous ?
- De six à neuf heures, dans la salle à manger.
- Entendu, je descendrai à six heures pile. A quelle heure servez- vous le dîner ?
- A dix neuf heures.
- Dix minutes ! Très bien. Conclut Gill en empoignant sèchement la clef de sa chambre.
Demain du sang va couler, songea-t-elle tout excitée.
Déborah était sous sa tente, confortablement installée dans son sac de couchage, elle mangeait un poulet au curry avec son accompagnement de riz.
- Ces petits plats déshydrates ne sont pas dépourvu de saveur, remarqua-t-elle, je me demande ce que Mike a de si important à accomplir pour avoir besoin de mon aide.
Elle ignorait qu’à quatorze kilomètres plus au nord, Gill mangeait une raclette, et que, elle aussi s’interrogeait sur Mike.
Après avoir fait une dernière caresse aux chiens du PARC POLAIRE, Mike regagna son tipi caché dans les bois.
Tu ne dois pas être bien loin d’ici Deby, j’en suis sur, murmura-t-il. S’il eut su qu’elle campait aux ruines du PETIT CHALET, à moins de huit kilomètres de lui, il l’eut rejointe.
Concernant Gill, il aurait parié son tipi qu’elle passait également la nuit dans les environs, mais dans un hôtel. Madame la parisienne n’était pas du genre à dormir au milieu des conifères.
Gill avait laissé son véhicule au chalet de la VANNODE, puis avait marché en direction du sud.
Après avoir parcouru cinq kilomètres, elle s’arrêta. Elle se trouvait à flan de montagne. Elle était dans le prolongement d’un téléski, ce qui lui permettait d’avoir une vue dégagée sur la pleine de MOUTHE. Elle s’assit, se camoufla, et attendit.
Elle épiait les alentour avec une longue vue, quand elle aperçut un homme traverser en courant une clairière en contrebas. Son sang ne fit qu’un tour, c’était Mike, Instantanément elle partit à sa poursuite.
Elle l’intercepta dans une forêt un kilomètre plus loin, il était tranquillement assit sur un tronc d’arbre. Sans sourciller, elle sortit d’un sac une arbalète, le visa, et lui décocha une flèche qui l’atteignit à l’épaule droite. Avant qu’il ait eu le temps de riposter, une seconde flèche pénétra profondément dans son genou gauche. Il se tordit de douleur, Gill accourut vers lui.
- Bonjour toi, bredouilla-t-il en vacillant. Il tomba au sol, de suite, elle lui assena un violent coup de pied à la tempe. Il perdit connaissance.
- Réveille-toi c’est pas finit, hurla-t-elle en le secouant. Après quelques instants, il reprit ses esprits, et se remit assit sur le tronc d’arbre, il lui dit:
- Regardes-toi Gill, tu ressembles à une hyène assoiffée de sang.
Elle le regardait sauvagement, ne pouvant chasser de son esprit leur relation éclair. Elle du prendre sur elle, la tueuse devait resté la tête froide. Elle se répétait intérieurement : j’ai une mission, deux cibles, rien d’autre. Elle se durcit :
- Tu vas tout me raconter Mike, sinon prépares-toi à souffrir.
Déborah marchait silencieusement dans la forêt, quand elle entendit des voix, prudente elle se débarrassa de son sac à dos et s’approcha de la zone à pas feutrés. Ce n’est pas possible, pensa-t-elle, en voyant Gill tenir Mike en joue avec une petite arbalète. Elle hésita, puis s’allongea au sol et rampa pour se rapprocher d’eux le plus prés possible, sans être remarquée.
- ATLAS ça te dit quelque chose ? Demanda Mike à sa tortionnaire.
- Une mission que vous avez foirée, pas de quoi crâner.
- C’est-ce qu’ils t’ont dit. La vérité c’est que se salopard d’AMIEL a fait annulé la mission juste avant l’extraction, il nous a laissé crever en territoire hostile, seuls Robert et moi avons survécus.
- Je m’en tape, c’est le boulot, ce qui m’intéresse c’est toi enfin, ce que tu as volé. J’ai déjà tué Robert, je n’hésiterai pas une seconde avec toi, si tu veux sauver ce qui reste de ta vie de merde, parle tête de con.
Gill commençait à péter les plombs.
- Salope ! Lui lança Mike en se remettant difficilement debout, Robert t’aimait.
-Pas moi ! Ton copain était devenu fragile du cœur. J’ai voulu le cuisiner, mais il est mort avant d’avoir lâché le morceau, pas de chance.
Déborah était à cinq mètres d’eux. En entendant les propos de Gill, elle se leva d’un bond en explosant de colère et de haine.
- Je vais te crever, hurla-t-elle.
Elle lança de toutes ses forces un couteau au visage de Gill. Surprise, celle-ci tenta une esquive, l’arme lui entailla la joue et continua sa course jusque dans les feuilles mortes. Mike profita de cet instant pour s’emparer de l’arbalète que Gill pointait toujours sur lui, il réussit à la retourner sur elle. Tout en lutant contre la force physique d’un Mike diminué, Gill attrapa son poignard de commando qui pendait à sa ceinture. Elle le planta dans l’aine de Mike, et lui sectionna l’artère fémorale. Avec ça mon vieux tu vas crever, spécula-t-elle silencieusement. Sadique comme jamais, Elle voulait le regarder agoniser. Convaincue de sa victoire, elle se relâcha, pensant déjà au moyen d’en finir avec Déborah.
Mike rassembla toutes ses forces, il lui fallait agir.
Il avait appliqué la méthode des vieux Inuits : quand en hivers, la famine régnait sur la tribut, les plus vieux sortaient des igloos tout nu, et marchaient dans le blizzard vers une mort certaine. Le reste de la tribu avait alors plus à manger et pouvait survivre jusqu’au printemps.
Mike, lui aussi se sacrifiait, pour que Déborah vive.
Gill entendit l’arbalète se déclanché et senti une chaleur intense l’envahir. Son corps s’écroula par terre, parcouru de violents soubresauts.
L’agent F 11 venait de mourir, une flèche plantée dans la nuque.
Déborah se précipita vers Mike, elle savait qu’il ni avait plus rien à faire, il allait mourir dans quelques minutes. Il lui sourit et murmura lentement :
- C’est la fin, mais je préfère crever à quarante cinq ans au combat, couvert de sang, que crever à quatre-vingt dans mon lit, couvert de pisse. Tu as maintenant une mission Deby, ton père et moi avons des documents pour toi.
- Dis m’en plus Mike.
Il était exsangue.
- Tout est dans la clef, bredouilla-t-il d’un son guttural. Il lui prit la main et ferma les yeux.
Elle sentit un objet dans sa paume, le regarda, c’était une clef U.S.B.
Impuissante, Déborah assista à la mort de Mike.
Elle se leva, marcha, ramassa son sac, et partit en courant.
Elle était en larmes.
7
Déborah se gara au centre ville de VALLORBE en SUISSE. Elle jugea que la densité humaine de la cité lui donnait une sécurité convenable. Elle bascula son siège en position couchette, s’allongea, ralentit sa respiration et détendit son corps.
Les événements qu’elle subissait depuis deux jours s’apparentaient fortement à 24 H chrono, une série télévisée qu’elle avait aimé suivre avec Chris. A cet instant, elle aurait préféré se trouver dans la série URGENCE, le rôle de l’infirmière HATTAWAY L’aurait comblé.
Ses pensées jouaient au billard dans son cerveau :
Combien de tueurs les services secrets ont-ils encore en stock ?
Si je n’avais pas raté Gill, Mike serait là à mes cotés pour m’aider, Mais le destin en a décidé autrement. Il me faut à présent prendre mes responsabilités et accomplir la mission qu’il m’a confiée, le vieux m’a entraîné pour cela. À la suite de nos six mois d’entraînements en montagne, il m’avait raconté que si j’étais militaire, je pourrais arborer sur mon treillis, un insigne commando.
Quel honneur ! Quelle horreur oui ! Je déteste leur univers.
Elle se calma et réfléchit. Une citation de Jean MERMOZ lui revint à l’esprit « La vie moderne autorise les voyages, mais ne procure pas d’aventure » Elle pouvait sans mentir, démentir. Son voyage s’était transformé en aventure macabre.
Sa curiosité naturelle reprenant le dessus, Déborah étudia l’objet pour lequel trois personnes étaient mortes violement.
Ce n’était pas une clef U.S.B ordinaire. Elle était cylindrique, d’une longueur de huit centimètres et d’un diamètre de deux centimètres, un capuchon en plastic protégeait les connexions électroniques.
Elle fut attirée par un écran L.C.D, l’heure et la date y était visible. Elle rangea la clef dans une de ses poches et démarra.
Elle avait décidé de rentrer à BELFORT. Il lui fallait solder ses affaires professionnelles, examiner le contenu de la clef sur un ordinateur, et revoir Chris. De plus, il lui fallait bouger vite, toujours bouger, pour ne pas se faire attraper.
Le téléphone sonna, c’était la ligne rouge, le commandant Albert ROUVE décrocha :
- Bonjour Monsieur le Président.
- Venez tout de suite dans mon bureau ! Ordonna AMIEL.
- Oui Monsieur, j’arrive, il raccrocha et s’engouffra dans le tunnel. Le ton du grand ne lui disait rien qui vaille. ROUVE sentait l’heure de sa fête arriver au même rythme que son pas, c’est-à-dire rapide.
- Bonjour Monsieur, glissa ROUVE en entrant dans le bureau carré.
- Expliquez-moi ce bordel ROUVE, vous êtes un abruti, je vous avais dit : PAS D’ESCLANDRES ! Et voila le travail, hurla AMIEL en balançant un fax en l’air.
- LISEZ ! Ajouta-t-il.
ROUVE l’attrapa au vol, il venait du ministère des armées.
Les agents de la cellule y étaient officiellement rattachés pour demeurer anonymes et brouiller les pistes des curieux.
Le commandant lut le fax tout haut :
- Deux cadavres de militaires découverts dans un bois de MOUTHE, (HAUT DOUBS).
Un militaire actif (Féminin, code F 11), un militaire inactif (Masculin, code, M 32).
Les individus se sont entretués dans un combat au corps à corps.
Le périmètre est bouclé, la gendarmerie locale attend les ordres de PARIS.
- J’attends vos explications ROUVE.
- Je ne comprends pas, bredouilla le commandant.
- ce que je comprends moi monsieur, c’est que vous ne tenez pas vos gars, vous êtes fatigué mon vieux, je vous conseil de prendre sérieusement cette affaire en main. Je vous donne deux mois, si vous n’obtenez pas de résultas d’ici là, ou si il y a encore du grabuge, je vous vire. Comprit ?
ROUVE avait la tête baissée. Il la releva, AMIEL lui tourna le dos, l’entretien était terminé. Le commandant de la C.S.S.E repartit silencieusement dans son tunnel.
Il aurait pu se défendre, avancer des arguments, mais cela n’aurait servit à rien. Henry AMIEL, « le grand Con » comme il le nommait souvent, était un personnage imbu de lui-même, il avait toujours le dernier mot, perpétuellement certain de détenir la vérité. Albert sourit en se rappelant une phrase que Martial TANNIN, actuel ministre de l’intérieur lui avait chuchoté lors d’un pot à l’Élysée « Trinquons à la réélection de Louis quatorze en costume sombre ».
ROUVE couvrait tous depuis vingt ans : les billets d’avion gratuits, les valises d’argent en provenance de GENÈVE, les vacances payés par la sécu, etc. etc. Sans parler des disparitions inexpliqués et autres missions de cow-boys à travers le monde. La cellule était devenue la société de ménage personnel du président de la République. Si le peuple Français avait su cela, AMIEL et sa femme auraient été lynchés en place publique. Mais le commandant Albert ROUVE était un bon petit soldat, il exécutait sans broncher.
- Encore un an, soupira-t-il, mais vais-je tenir ?
De retour à la cellule, il appela Lucas SERRES.
- Salut SERRES ! J’ai besoin de vous, il y a un problème avec ROSS. Rendez-vous à la base aérienne, je vous expliquerai là-bas.
Il se rua à l’armurerie,
- Mon P.A vite !
- Comment ? Sursauta la Taupe, ahurit de voir son commandant sortir, et de surcroît armé.
- ROSS est au tapis, j’y vais. La taupe lui tendit l’arme, il partit en trombe, son téléphone crypté à l’oreille.
Pendant le trajet en hélicoptère, ROUVE expliqua les derniers événements à SERRES et ajouta :
- j’irai parler à la hiérarchie, vous irez examiner les corps. Je vous confie le dossier, faites-moi un rapport complet, il est temps que vous vous émancipiez Lucas.
L’appareille se posa dans un prés du village, des gendarmes attendaient. Ils conduisirent ROUVE à la gendarmerie. Les commandant se saluèrent et entrèrent dans un bureau. ROUVE expliqua à son homologue courroucé qu’ils étaient dans la même barque : la République Française, et Que le secret défense lui interdisait de dire quoi que se soit. . .
SERRES s’était fait conduire sur le champ de bataille.
Il montra sa carte tricolore à un gendarme en faction et enjamba le ruban jaune entourant le périmètre du combat. II était accompagné d’un médecin légiste militaire.
Après un rapide examen visuel des corps, il s’était déjà fait une opinion sur le déroulement de la bagarre. Il entreprit une recherche en spirale, partant des cadavres, il s’éloigna lentement en effectuant des cercles de plus en plus grand, les yeux rivés au sol. A trois mètres des corps, il s’arrêta net, se baissa, et ramassa un objet qu’il glissa dans un sac en nylon.
Le légiste fit ses investigations d’usages, puis Ils emballèrent les corps dans des sacs en plastique noir et prirent la direction de l’élico.
ROUVE les attendait, ils chargèrent les cadavres dans la soute et décollèrent. Les gendarmes de MOUTHE les regardèrent partir avec des visages interrogateurs.
A cet instant, ROUVE eût désiré posséder le pouvoir de décerveler le village entier.
Une casquette enfoncée sur la tête, un treillis noir sur le dos, Déborah entra dans le cabinet médical. Elle salua la secrétaire, qui lui stipula que Chris était seul dans son bureau. Elle entra sans frapper.
-Tiens ! Mademoiselle courant d’air, bienvenue, s’exclama Chris ravit de là voir.
Elle vint lui déposé un baiser sur la joue, il ne lui rendit pas, ils se regardèrent quelques instants, ce fut leur accord tacite. Leur relation amoureuse venait de ce terminer.
Chris rompit le silence :
- J’ai écouté ton dictaphone Debra, je ne te demande pas de rester, de toutes façons ta vie est ailleurs, je l’ai toujours su, tu es faite pour l’aventure avec un grand A. Mais sache que tu es ici chez toi, reste le temps qu’il te faudra.
- Merci, mais Je n’ai pas beaucoup de temps, et pour le cabinet, que comptes-tu faire ?
- Ne t’en fait pas, je retrouverai vite une petite infirmière sexy.
- Je n‘ en doute pas une seconde Chris, je vais faire le point, ranger mes affaires, puis je partirai certainement demain. En restant ici je te mets en danger.
- OK ! Comme tu veux, conclu-t-il. Sans rien savoir, il comprenait tout. Il ne lui demanderait rien de plus.
Le cabinet n’est pas assez grand pour son envergure, un aigle ne vit pas en cage, raisonna-t-il.
Déborah prit congé, et s’enferma dans son bureau. Elle alluma son ordinateur et connecta la clef U.S.B.
Elle vit son père et Mike apparaître à l’écran. Ils étaient assis par terre, habillés en indiens, ils lui souriaient.
- Le délire reprend, plaisanta-t-elle.
Robert prit la parole :
- Salut ma fille, tu dois te demander dans quelle histoire nous t’avons embarqué, nous allons te guider, mais avant je veux te dire deux petites choses :
Tu as dû souvent te demander à quoi rimaient nos tenues d’indiens. Vois-tu nous aimons les peaux-rouges et leur culture. Autrefois, ils vivaient en harmonie avec la nature, la respectaient, ils avaient trouvé le juste équilibre entre leurs besoins et le respect de leur environnement.
Les hommes blancs sont arrivés sur les terres d’Amérique, en pensant qu’ils étaient chez eux, que seul leur façon de vivre était la bonne, et que les indiens étaient des imbéciles. Le partage de deux cultures aurait pu s’accomplir, mais l’arrogance blanche en a décidé autrement. Les indiens furent appelez sauvages et massacrés.
En fait, c’est nous les blancs qui étions et sommes des imbéciles. Notre chemin de vie n’a pas été et n’est pas le bon. Nous nous sommes coupé de la nature qui nous a crée et nous la détruisons sans vergogne. Nous vivons dans l’excès de tout, à vouloir trop évoluer nous avons construit une usine à gaz que nous ne contrôlons plus et qui va nous exploser dans la gueule. Nous allons périr d’avoir commis toutes ces erreurs, soit-en convaincue ma fille.
Deuxièmement, je tiens à te demander pardon pour toutes les erreurs de jugement que j’ai pu commettre à ton égard, je les regrette sincèrement. Tu es une fille super, mais je n’ai pas voulu et pas su le reconnaître. Robert pleurait. Il s’effaça et Mike prit la parole :
- Salut Deby, désolé de ne pas être avec toi. Les informations contenues dans la clef seront visibles le premier septembre uniquement, à midi précis. Nous te demanderons des codes que toi seule connais. Tu auras seulement trente secondes pour les taper sur le clavier, sinon tchao et boum. Ces infos sont capital, tu auras entre tes mains le futur de la France.
Je ne peux t’en dire plus par mesures de sécurités, mais ne te tracasse pas, nous t’aiderons. Mets-toi au vert jusqu’au premier septembre. A bientôt jeune femme.
Les deux hommes lui sourirent, puis l’écran devint noir.
Déborah resta bouche bée.
L’agent M 51 attendait patiemment assit dans un bureau, quand la porte s’ouvrit à la volée.
- Matinal SERRES ! Siffla ROUVE en lui tendant la main.
- Bonjour commandant, répondit Lucas qui avait sursauté à l’arrivée de l’ours qu’était son patron.
- Café ? Bière ? Je suppose qu’à votre age vous ne buvez pas encore de whisky à huit heures du matin.
- Exact commandant, je prendrai juste un café noir.
- Bon, sérieusement, je n’ai pas encore lu votre rapport, mais je vous fais confiance. Quelle est votre analyse de la situation ?
- Combat corps à corps classique, ROSS est morte sur le coup, MERCIER un peu plus tard. Déborah RITCH était là-bas également.
- Ah bon ! Comment en êtes-vous certain ?
- ROSS avait une balafre sur la joue gauche. C’est une entaille de trois centimètres, qui provient d’un couteau de lancer que j’ai récupéré à trois mètres d’elle, dans les feuilles mortes. Je l’ai ici, regardez, il vient de chez nous. Il y a des empreintes sur le manche, mais ni celles de Gill, ni celles de Mike, inconnues au fichier.
- Bon boulot Lucas, je ne vous cache pas que le boxon d’hier n’a pas été apprécié en haut lieu. Maintenant il faut absolument retrouvé la fille RITCH. Je vous confie cette mission. Vous m’avez l’air à la hauteur, de plus vous avez seulement deux ans de plus qu’elle, ce qui vous facilitera la tache pour l’approcher. ATTENTION mon garçon ! Je veux du boulot propre, sans vagues. Prenez votre temps, vous avez deux mois. Récupérez les infos en douceur et faite le ménage en silence. Bonne chance SERRES, termina ROUVE en se levant.
- Merci commandant, conclut Lucas en lui serrant la main, je vais assurer, vous verrez. ROUVE sourit malicieusement, il se souvint de sa jeunesse et se reconnut en Lucas.
En sortant du bureau, SERRES rayonnait, c’était sa première mission, de plus la cible était une jeune femme séduisante.
L’été deux mille six s’annonçait passionnant.
Déborah avait rangé tous ses effets personnels dans un coin de la cave, elle n’emporterait que ce qui lui serait nécessaire pour camper deux mois. Sa nuit avait été sobre en sommeil. Sa décision longtemps hésitante était maintenant sans appel. Elle irait passé l’été à NEVACHE jusqu’au premier septembre. Le petit camping de Fontecouverte lui paraissait l’endroit idéal pour se cacher et réapprendre les techniques commandos. A la prochaine attaque, elle devrait se défendre toute seule, et pourquoi pas vaincre.
Chris lui laissa volontiers le RAV4. Il lui souhaita bon vent en ayant le sentiment de laisser partir la femme de sa vie.
Quarante huit heures plus tard, un homme se présenta au cabinet médical, et demanda à rencontrer Mademoiselle RITCH. La secrétaire lui répondit qu’elle était absente, il insista :
- Je me suis certainement trompé de semaine, je repasserai mercredi prochain.
- Je ne pense pas qu’elle sera revenue Monsieur.
- Ah bon ! Dans ce cas, je lui téléphonerai pour prendre un autre rendez-vous.
- C’est inutile, elle nous a quitté définitivement, désolé.
Lucas SERRES remercia la secrétaire et sortit de la maison. Il avait sa confirmation, il aurait d’ailleurs été très surpris de la trouver encore à BELFORT. Il remonta dans sa voiture et griffonna le premier mot d’une liste inscrite sur un petit carnet.
Le troisième mot de la liste était NEVACHE.
8
Déborah était installé au camping de FONTECOUVERTE depuis cinq jours.
Elle avait déniché un emplacement idéal. Il était adossé à la montagne et surplombait le site, elle pouvait ainsi voir tous les mouvements suspects.
Elle s’habituait doucement, et avec beaucoup de plaisir à une existence simple et proche de la nature. Elle trouvait ici un bien être intérieur, et envisageait maintenant, l’avenir avec sérénité.
Elle entendit quelqu’un s’approcher derrière elle.
- Bonjour Déborah !
Elle sursauta et se retourna rapidement, les doigts crispés sur le manche de son poignard. C’était Thierry, le responsable du camping.
Il devait avoir entre quarante et cinquante ans. Ses cheveux gris accentuaient son teint hâlé. C’était un montagnard modeste et solide comme un roc. Chaque jours, il arpentait le terrain de long en large, toujours près à rendre service.
Son épouse Laetitia, participait également au bon fonctionnement du camping. Elle était sympathique et souriante, son look baba-cool lui seyait à ravir.
Le couple avait deux beaux enfants, de onze et treize ans. Cette famille paraissait heureuse, leur gaieté participait activement à la bonne humeur générale du lieu.
- Ah, c’est vous, se détendit Déborah.
- Pardon de vous avoir fait peur, s’excusa Thierry.
- Ce n’est rien, mais je m’appelle Kim, pourquoi m’avez-vous appelé Déborah ?
- Je t’ai reconnue. Peut-on se tutoyer ?
Elle acquiesça de la tête. Thierry reprit :
- C’est Mike qui m’avait dit que tu viendrais, il campait souvent ici sous son tipi, il m’avait parlé de toi.
- Mike est mort, Thierry.
- Oh merde ! Comment est-ce arrivé ?
- Je ne peux rien te dire, je ne sais pas.
- Je pense que je comprends Kim, C’est bien comme cela que tu t’appelles ?
- Oui, c’est comme cela, sourit Déborah.
- no problème Kim, motus et bouche cousue, mais si tu as besoin de quoi que ce soit, n’hésite pas.
- C’est gentil, je m’en souviendrai, mais pour le Moment tout va bien.
Ils se saluèrent, et Thierry repartit vaquer à ses occupations.
Déborah réalisa tout à coup que si Thierry avait pu la reconnaître aussi facilement, un agent des services secrets y parviendrait aussi. Elle devait rapidement changer de tête, acheter une tente plus grosse, et se faire des amis pour donner l’illusion qu’elle appartenait à un groupe, ou à une famille.
Le soir même, la jeune femme s’achemina un pack de bières sous le bras, vers le campement de quatre musiciens. Elle se présenta sous le nom de Kim. Une casquette des diables rouges de BRIANÇON couvrait partiellement ses cheveux roux, coupés courts.
Les deux jeunes couples accueillir avec enthousiaste, cette nouvelle recrue dans leur club de fêtards.
Un semaine plus tard, Lucas SERRES plantait sa tente au camping.
Le deuxième lieu de recherche, MOUTHE, n’avait rien donné.
Il suivait méthodiquement sa liste de traque.
NEVACHE ne lui avait rien évoqué, il lui avait fallu consulter une carte.
Il avait transité par GRENOBLE, puis par le col du Lautaret et BRIANÇON. IL avait continué en direction de l’Italie jusqu’à une route secondaire, qui lui permit après seize kilomètres, d’accéder au petit village de NEVACHE. Une fois là, il avait emprunté une route de montagne pendant neuf kilomètres, il avait dû s’arrêter plusieurs fois pour laissé passer les véhicules descendants, tant la route était étroite.
Il avait été séduit par la contrée.
La vallée de la Clarée était un pont entre les alpes et la Provence. La végétation avait déjà un petit goût de sud. Des sommets rosés, striés de névés entouraient ce lieu paradisiaque. Le calme et l’air pur régnaient ici en maîtres.
A mille huit cent mètres d’altitude après un petit pont de bois, Lucas s’était arrêté à une auberge pour demander sa route : Chez PAULETTE et FRANCIS.
Pas une étoile au guide Michelin, mais des milliers dans leurs yeux quand ils vous servaient une omelette à la ciboulette accompagnée d’un fromage de chèvre à tomber par terre.
Il était resté deux heures à parler de tout et de rien avec ses hôtes. Sa destination, Le camping de FONTECOUVERTE se trouvait à cinquante mètres après le resto, il comptait cent emplacements.
Maintenant au boulot mon gars, s’était joyeusement dit Lucas.
Son installation terminée, Il s’allongea sur un Transat et ouvrit un romand. Son emplacement donnait directement sur l’entrée du camping. Il nota méthodiquement toutes les entrées et sorties des véhicules, ainsi que leurs numéros d’immatriculations. Il recensa tous les campeurs.
La traque de sa cible prenait un nouveau départ.
Le lendemain après-midi en levant les yeux de son livre, il fut ébloui par le charme d’une jeune femme rousse passant devant lui. Elle lui sourit, il fit de même et replongea dans son roman, sur la page de gauche débutait le chapitre dix, sur celle de droite était collé une photo.
- C’est-elle ! Je l’ai trouvé, murmura-t-il tout excité.
Il devait l’aborder sans éveiller de soupçons.
Il l’espionna durant un jour et échafauda un plan :
1 - Prendre contacts avec ses amis, puis avec elle.
2 - Relever ses empreintes, les comparées avec celles du couteau de lancé. Si positif :
3 - Lier amitié, gagner sa confiance, attendre.
4 - Le moment venu, agir.
P.S. Ne pas tomber amoureux de la cible, donc écarter la stratégie de séduction comme mode opératoire.
Entre Déborah est ses nouveaux amis, la mayonnaise avait pris tout de suite. Chaque jour, ils se côtoyaient avec beaucoup de plaisir. Ils se réunissaient vers dix-neuf heures, dînaient, puis passaient la soirée à chanter, jouer de la guitare (Les quatre musiciens formaient un groupe de rock), boire de la bière, et refaire le monde. Sur une idée de Déborah, ils avaient fondé le « cercle des libres penseurs isolés ».Il était ouvert à toutes les personnes souhaitant exprimer librement leurs idées, et sachant écouter celles des autres dans le respect et l’acceptation de la différance intellectuelle et physique. Il n’y existait aucun tabou, les débats y faisaient rage, la pensée unique y était broyée, et la langue de bois y était transformée en papier toilette.
Déborah et ses quatre amis étaient les membres fondateurs et permanant du cercle, Les campeurs occasionnels y étaient les bienvenus. Chaque membre était affublé d’un surnom reflétant un point de sa personnalité, il était choisit par les autres membres.
Le premier couple de rockers était marié. Julien avait vingt trois ans. Il était le batteur du groupe, son surnom était
« Le Dissident », à cause de ses idées révolutionnaires. Maud, sa
Moitié avait vingt ans. Elle était la chanteuse du groupe, son surnom était « The Voice » parce qu’elle naviguait aisément entre les graves et les aigus.
Le deuxième couple n’était pas marié. Sylvain avait vingt cinq ans. Il était le guitariste du groupe, son surnom était « Funambule » parce qu’il aimait l’escalade et passait du 8 C (paroi verticale, lisse avec de petites aspérités pour y accrocher le bout des doigts et des chaussons). Stéphanie, Sa moitié avait vingt quatre ans. Elle était la bassiste du groupe, son surnom était « Philo » pour son aptitude à la dissertation instantanée.
Déborah était surnommé « La Fille Du Froid » car sa saison préférée était l’hiver.
Lucas avait remarqué que tous les matins Sylvain se rendait à l’épicerie du camping pour y acheter son pain. Il précéda donc le rockeur de quelques minutes.
- Bonjour Thierry, comment allez-vous ? Déclara-t-il joyeusement en entrant dans le magasin.
- Bonjour Lucas, très bien et vous ?
- Ça va ! J’aimerai aller faire de l’escalade à la paroi des militaires, mais je suis seul. Puis-je mettre une annonce pour trouver un partenaire ?
- Pas de problèmes, accrochez-là au tableau derrière vous.
- Salut la compagnie ! S’exclama Sylvain en entrant.
- Salut MAN ! Répondit Thierry en lui serrant la main.
- Bonjour. Ça vous intéresse ? Se lança Lucas.
- T’es qui toi pour me vouvoyer, plaisanta Sylvain. Lucas comprit à qui il avait affaire.
- OK MAN ! Ça t’intéresse ?
- De l’escalade, pourquoi pas, dans une heure ici ça te va?
- Entendu, conclut Lucas.
L’agent SERRES avait tapé dans le mille, il tissait sa toile.
Sylvain et Lucas grimpèrent trois heures durant. Lucas explosa à la cotation de 7 A, ce qui était déjà bien pour un faux débutant. Sylvain pas crâneur pour un sou, le félicita chaleureusement pour ses efforts. Une amitié naquit de ce binôme encordé.
Au grand bonheur de Lucas, Sylvain l’invita à une soirée barbecue. Il fut présenté au groupe de rock. Déborah arrivant, Sylvain enchaîna :
- Je te présente Kim, notre petite célibataire éplorée. Kim, je te présente Lucas, un mec sympa pas con dans sa tête, et qui touche en escalade.
Ils se firent la bise.
Déborah sentit son cœur s’accéléré, elle avait chaud. Elle trouvait cet homme absolument craquant. Elle s’abandonnait déjà dans ses yeux gris perçants. Elle rêvait de se blottir contre son torse de rugbyman, de glisser ses doigts dans ses cheveux ras, de l’embrasser fougueusement, de le chevaucher et de lui faire l’amour.
Déborah RITCH venait de tomber amoureuse.
Lucas de son coté n’était pas insensible aux charmes de cette belle rousse. Il fut initialement séduit par son physique, puis le temps passant, par sa vivacité d’esprit et ses inflammations verbales. Un esprit sain dans un corps sain, pensa-t-il.
La soirée fut animée. Lucas légèrement éméché fit une éblouissante démonstration de maniement d’arme blanche, il la regretta secrètement. Quelle connerie de t’être découvert ainsi, rumina-t-il.
La bande se dispersa à deux heures du matin.
Les deux célibataires se souhaitèrent bonne nuit, calmement, en retenant leurs pulsions animales. Mais leurs yeux brillaient de la plus belle des flammes existant sur terre : la flamme de l’amour.
Lucas s’endormit en pensant à sa mission, Et à Déborah. Elle s’endormit également en pensant à lui, et se demanda entre deux fantasmes où il avait apprit à manier un poignard avec autant de dextérité.
Déborah réveilla Lucas à neuf heures du matin en lui apportant du café chaud et des croissants :
- Bonjour cher ami, je te propose une journée d’escalade tous les deux, il parait que tu grimpe bien.
Il sourit en approuvant. Elle le fixait intensément avec un air coquin. Ils éclatèrent de rire.
La journée passa d’un trait. Ils se découvrirent l’un l’autre. Leurs corps se frôlaient souvent, leurs regards s’attardaient quand ils se croisaient, ils se souriaient longuement, ils se désiraient mutuellement, la séduction opérait son œuvre, ils vivaient ces moments uniques qu’offre la rencontre entre deux êtres humains.
A dix neuf heures, ils rejoignirent la bande.
Au court de la soirée, Lucas fut intronisé dans le « Cercle des libres penseurs isolés » sous le surnom du « Bidas » rapport à son look et à son passé militaire.
La soirée s’acheva à minuit et demi.
Déborah entraîna Lucas sous sa tente, il ne résista pas une seconde. L’agent SERRES ne maîtrisait plus la situation. Adieu mission, cible, cellule. Il était amoureux fou de Kim la rousse.
Le lendemain, les tourtereaux s’éveillèrent à neuf heures, ils prirent leur petit déjeuner ensemble sous le doux soleil matinal (Les joies simples du camping). Ils se regardèrent longuement, Chacun de son coté conscient, que le moment était mal choisit pour une aventure amoureuse, mais aucun des deux n’aurait été capable d’y mettre un terme.
Prétextant une obligation à BRIANÇON, Lucas prit congé de sa Kim pour la journée.
Elle l’observa s’éloigné avec un regard plein de tendresse. Elle avait décidé de vivre cette aventure sans retenue. Elle prenait des risques, elle le savait, mais elle se disait que l’amour a des raisons que la raison ignore, et que quoiqu’il advienne, elle y fera face.
L’agent SERRES entra dans la gendarmerie de NEVACHE, montra sa carte tricolore, et demanda à rencontrer le commandant HORDE.
Après un bref entretien de courtoisie, Lucas eut carte blanche pour vaquer dans les locaux. Il s’enferma dans une pièce, et sortit de son sac à dos un emballage nylon contenant un verre. Il y relava les empreintes digitales présentes, les scanna dans un ordinateur, puis les compara avec celles relevées sur le couteau de lancer retrouvé à MOUTHE.
L’ordinateur afficha :
Empreintes identiques à 92% : MÊME INDIVIDU.
- Et merde ! S’énerva-t-il en tapant furieusement du point sur le bureau. La femme d’ont-il était éperdument amoureux était également sa cible, il avait tant espéré que ce ne fût pas le cas.
Il appela la cellule, fit son rapport à ROUVE, et ressortit du bâtiment militaire visiblement abattu.
Quatre semaines passèrent au camping de FONTECOUVERTE.
Le premier août à midi, Déborah songea que dans un mois il lui faudrait se trouver devant un écran d’ordinateur pour la révélation de l’année.
Elle ne s’était pas entraînée une seule fois. Elle n’était pas dupe, elle savait que la cellule n’avait pas renoncé. Ils la retrouveraient, elle se demandait même si ce n’était pas déjà fait.
Lucas vint lui déposé tendrement un baiser dans le cou. Les tourtereaux s’aimaient et roucoulaient fermes depuis un mois.
Déborah n’avait jamais ressentit de sentiments aussi profonds pour un homme auparavant. Lucas était dans la même configuration. La cellule pouvait bien attendre, il lui était inconcevable que sa Kim (il s’était éforçé d’oublier le prénom Déborah) représente un quelconque danger pour la nation.
ROUVE lui avait fixé la date butoir du premier septembre pour terminer la mission, il l’appellerait à cette date, et exécuterait les ordres, tous, sauf un.
Le groupe de rock mit les voiles le quatre août. La veille au soir, ils dissolurent le « Cercle des libres penseurs isolés ». Il était vrai qu’à part deux ou trois autres campeurs occasionnels, ils en avaient été les seuls membres. Ils noyèrent les notes, et les vers, au propre comme au figuré. L’alcool coula à flot, si bien que le lendemain les rockers durent attendes l’après midi pour prendre la route.
Leurs amis partis, Lucas et Déborah accusèrent le coup. Ils s’allongèrent dans leur tente, s’enlacèrent, et restèrent silencieux un bon moment. Ils se remémorèrent les bons moments passés tous les six. Toutes les soirées démocrates, les journées de randonnées en altitude, les heures passées encorder aux parois, les joyeuses virées à la ville. En général leur joie de vivre avait agacé. Un jour, une citadine particulièrement acariâtre les avait nommé « La horde sauvage »,
N’importe quoi, pensa Déborah, la société est d’un classicisme navrant. Enfin, il nous reste l’amour et puis tout à une fin, c’est même cela qui nous fait envisager vers le futur.
Le couple RITCH, SERRES demeura au camping tout le mois d’août, leur relation était fusionnelle. . . NON ! Leur relation était complémentaire, car ils se sublimaient l’un l’autre, sans diluer leur personnalité propre. L’amour, l’amour toujours, un seau d’eau ne les aurait pas désolés.
Le trente et un août à midi, Déborah entraîna Lucas sous leur tente sans dire un mot. Chouette, pensa-t-il.
Elle lui mit la clef U.S.B dans la main.
- Qu’Est-ce que c’est Kim ?
- Ce que tu es venu cherché depuis PARIS, lui répondit-elle en le regardant droit dans les yeux. Le risque était grand, mais elle était déterminé à tout lâcher, il lui fallait savoir. Elle se doutait d’où il venait et pourquoi, elle l’aimait et ne voulait plus vivre dans le mensonge. L’amour ou la baston, avait-elle imaginé.
Il s’approcha d’elle, la prit dans ses bras, et lui dit :
- A présent, Ce qui compte pour moi Déborah, c’est toi. Je t’aime, les informations que tu détiens, la cible que tu es, je m’en fou. Je vais démissionner de la cellule, et nous partirons à l’étranger, personne ne nous retrouvera.
- Sais-tu ce que disait Henri STENDHAL ?
- Non ma puce, mais tu vas me le dire.
- « A quoi bon aller si loin chercher le bonheur, il est là sous mes yeux ! ». Je t’ai et je suis heureuse, mais je ne me sens pas chez moi ici. Nicolas VANIER a dédié un de ses livres, « À tous ceux qui, de par le monde, se sentent étrangers sur leurs propres terres », c’est mon cas, Lucas. Je suis d’accord pour te suivre ou tu voudras, sauf dans un pays chaud. Mais avant, je dois consulter les informations de cette clef. Mon père et Mike sont morts pour cela.
Lucas examina rapidement la clef,
- Elle vient de la cellule, regarde le timer, il doit y avoir une fenêtre d’ouverture pour visionner son contenu.
- Affirmatif soldat ! Demain midi.
- Très bien ma puce fait comme tu veux, je suis avec toi maintenant, je t’aime et je ne te décevrai jamais.
Ils s’embrassèrent et firent l’amour.
Quelque part dans le camping, un cellulaire crypté sonna. Un homme décrocha :
- Allo !
- C’est pour demain, tenez-vous prêt et attendez les ordres.
- Entendu ! A demain, l’homme raccrocha et fila à la réception.
9
Lucas se glissa dans la tente, et chuchota à l’oreille de Déborah:
- H -4 ma puce, réveilles-toi.
- M.M.M. Répondit-elle.
Ils avaient parlé jusque tard dans la nuit. Elle lui avait retracé son parcours, depuis l’alarmant code rouge téléphonique, Sa fuite, MOUTHE, Mike, l’aveu de Gill, la mission ATLAS, le combat, la mort, l’agonie, la clef U.S.B, les documents, NEVACHE.
Il lui avait dépeint la cellule, sa raison d’être, son fonctionnement, ses doutes concernant Mike et Robert, la mission de Gill, devenue la sienne.
Elle était restée blottie dans ses bras toute la soirée.
- Fini les cachotteries, place à la vérité, avait-elle déclaré. Elle adorait entendre son Lucas l’appeler Déborah.
Ils se répartirent les taches de départ. Elle irait s’acquitter leur note de camping, pendant qu’il démonterait la tente.
Déborah rentra dans la réception.
- Salut Thierry, nous partons, je viens régler la note
- Salut Kim, je te prépare ça, mais avant, je veux te montrer quelque chose que Mike a laissé, si ça t’intéresse, je te le donne.
- Ah bon, qu’Est-ce que c’est ?
- Suis-moi, c’est à coté.
Il l’entraîna dans une pièce attenante à la réception, alluma la lumière, l’invita à entrer, entra derrière elle et ferma la porte à clef.
Lucas déposa un sac dans le coffre de sa voiture, puis y ouvrit une trappe permettant l’accès à un système informatique perfectionné. Il appuya machinalement sur la touche réseau d’un P.C portable. Un voyant rouge clignota, un texte apparut : Appel crypté sur même cellule, le 31/08/06 à 12H32. INCONNU. Les informations adéquates se connectèrent instantanément dans son cerveau.
- Merde Deby ! Il attrapa son automatique, le dissimula sous son t-shirt, et partit en courant.
Thierry s’était dirigé lentement vers Deborah. Son visage était fermé, son regard dur. Sans un mot, il s’était rué sur elle. Il avait refermé comme une pince, ses deux mains sur le coup de la jeune femme. Elle se débattait de toutes ses forces, mais la force physique de la brute qu’était devenu cet homme surpassait la sienne. Elle sentait ses forces l’abandonner, sa vue se troubler. Elle entendit du bruit, puis plus rien.
Lucas avait sorti son arme au milieu de la réception, devant un campeur médusé. Ensuite, il avait tiré une balle dans la serrure et avait défoncé la porte d’un coup de pied, tout cela en une seconde. La seconde qui suivi, il s’engouffra dans la pièce et mit deux balles dans la tête de Thierry. Le bourreau s’écroula mort sur Deborah. Lucas se précipita, poussa du pied le corps sans vie, et prit sa puce dans ses bras.
Elle était inconsciente, il lui mit des claques en criant :
- réveille-toi Deby ! Réveille-toi ! Elle revint à elle en toussant, il la chargea sur son dos et ressorti de la pièce en courant. Il regagna la voiture, déposa Déborah sur la banquette arrière, et lui mit de l’eau sur le visage.
-Merci amour, ça va mieux maintenant. Bredouilla-t-elle.
Il s’assit à l’avant et démarra l’automobile, ils partirent en trombe du camping, et prirent la direction de GRENOBLE.
Déborah se remit rapidement. Elle cacha ses chairs tuméfies et bleuies, en enveloppant son cou dans un keffieh. Lucas lui raconta comment il l’avait sauvé. Elle le regardait, l’admirait. Il était son homme, un homme d’action, efficace et redoutable. Elle n’était plus seule, un agent des services spéciaux la protégeait. Elle n’osait pas imaginer son destin, s’il n’était pas tombé amoureux d’elle.
- Comment as-tu deviné que Thierry était un tueur ? Lui demanda-t-elle.
- Je ne le savais pas, j’ai fait confiance à mon instinct. A l’école d‘instruction, mon prof avait remarqué que j’avait un sixième sens.
- Lequel ? Mon super héro.
- Celui de savoir dés le premier contact avec quelqu’un, à qui j’ai affaire. J’avais sentit dés mon arrivé au camping, que se Thierry n’était pas claire.
- Je vois, je vois, tu es voyant. Et pour nous deux, que vois-tu ? MÔSIEUR IRMA.
- Je vois une main d’homme attirée comme un aimant, par le corps d’une femme, je vois la vie à deux, l’amour, l‘humour. Ils éclatèrent de rire. . .
Déborah inséra la clef U.S.B. dans Un P.C portable, il était midi moins trois secondes.
Les deux apaches réapparurent sur l’écran. Mike prit la parole :
- Salut Deby, bientôt tu découvriras le dossier tant attendu. Avant trois questions, tu sais combien de temps tu as pour répondre, je n’y reviens pas. Nous avons totalement confiance en toi, tu prendras la bonne décision nous n’en doutons pas. Bonne chance jeune femme, adieu. Robert fit un petit geste de la main, mais resta muet.
Sur l’écran, la première question apparut :
*Dates de naissances : de ton père, de ta mère, et la tienne ?
Déborah tapa les dix-huit chiffres en vingt-cinq secondes. Ses mains tremblaient. A ses cotés, Lucas paraissait fébrile. Il n‘avait pas osé lui dire que la clef était piégé, et que si elle se trompait de réponse, ils n‘auraient pas le temps de s‘en rendre compte.
La deuxième question suivit.
*Date et heure de l’accident de ta mère, et l’heure d’arrêt de sa montre ?
Déborah réfléchit un instant, et répondit en vingt huit secondes. Elle transpirait, ses mains étaient moites.
La troisième question s’afficha.
*qui avait-il avec le poignard que je t’ai donné à NEVACHE ?
Elle soupira et tapa incertaine : Un petit mot.
BRAVO!!! S’afficha. Il poussèrent ensemble un ouf de soulagement.
Un dossier apparut à l’écran, il contenait trois fichiers.
Déborah ouvrit le premier, c’était une vidéo datée du quinze janvier deux mille deux. Trois hommes discutaient dans un bureau. Henri AMIEL le Président de la République, son premier ministre de l’époque, le socialiste Michel TURPIN. Alain FAVRE, conseillé d’AMIEL en deux mille deux, et actuel premier ministre était le troisième homme présent.
Lucas et Déborah approchèrent leurs visages de l’écran, plus que jamais attentifs et curieux.
Les trois politiciens étaient occupés à se mettre d’accord, pour que le dirigeant de l’extrême droite accède aisément au premier tour de la présidentielle d’avril. Chacun de leur coté, ils veilleraient à ce qu’il acquiert bien les cinq cent signatures qualificatives.
- C’est pitoyable ! Lança Lucas. Je suis sur que les français apprécieraient. Déborah approuva, il lui tardait de voir la suite.
Elle cliqua sur le deuxième fichier, c’était également une vidéo. Elle était datée de juin deux mille. Quatre personnes se trouvaient dans une petite pièce sans fenêtres. La première personne était le président AMIEL; la deuxième, son fidèle conseillé Alain FAVRE; la troisième personne était un homme habillé en noir, probablement un agent subalterne; la quatrième personne était un célèbre journaliste, disparut en deux mille.
Le journaliste était assis sur une chaise, les mains attachées dans le dos. Visiblement, il avait été torturé, sa tête était en sang. AMIEL s’adressa à lui :
- Soit ! Puisque tu ne veux pas parler, tu vas crever. Il fit un signe à l’agent, celui-ci sortit son arme et abattit froidement le journaliste.
- INCROYABLE ! S’exclama Lucas.
- c’est une bombe Lucas. Je me demande comment le Vieux et Mike ont réussi à filmer ça.
- Les services secrets mon amour, nous sommes des fantômes.
- C’est ça, et ton nom de code c’est Casper.
Elle ouvrit le troisième et dernier fichier, encore une vidéo. Elle était datée du seize mars deux mille deux. Le président (encore lui, décidément) était assis derrière son bureau. Il conversait avec TURPIN et FAVRE. Un homme entra dans la pièce. Il déposa une valise sur le bureau et l’ouvrit, elle était remplie de liasses de billets de banque. IL fit trois tas égaux, et repartit. Les trois compères, après cinq minutes de propos cyniques concernant le peuple de France prirent chacun un tas d’argent et se séparèrent en plaisantant.
- Copains comme cochons, remarqua Lucas
- UNE BANDE DE SALAUDS OUI ! S’emporta Déborah.
- Regardes-là ! Dit Lucas, en pointant son doigt sur une série de chiffres et de lettres, qui se trouvaient à droite en bas de l’écran, ce sont des codes de la cellule, la clef contient des copies, les originaux doivent encore se trouver à PARIS.
- Qu’allons-nous faire avec ça Lucas, à qui pouvons-nous montrer ce brûlot ?
- Je ne sais pas ma puce, mais une chose est sur, nous avons entre nos mains le sort du pouvoir politique en place. Je vais appeler ROUVE, je tiens à m’assuré d’une chose, après nous verrons. Il composa le numéro de l’ours.
- Allo SERRES ! Qu’est-ce que vous foutez, vous deviez m’appeler à dix heures
- J’ai eu des problèmes monsieur. Comment va le président ?
- Pourquoi me parlez-vous du président ? Je l’ai appelé ce matin, il n’a pas voulu me parler. Qui a-t-il SERRES ? Parlez-moi de vos problèmes ?
Il ne sait rien, Pensa Lucas. Il s’est fait doublé lui aussi.
- Un autre agent a essayé de tuer Déborah RITCH, ce matin au camping.
- QUOI ! Ce n’est pas possible, ça ne vient pas de chez nous Lucas, je vous en donne ma parole.
- Ne me dite quand même pas que le grand commandant ROUVE s’est fait doubler. Je vous envoie la photo.
ROUVE appela gratte-papier, lui montra la photo, le fonctionnaire s’absenta trente secondes, et revint avec un dossier.
- Et merde ! Vous aviez raison Lucas, je me suis fait doubler. C’est un gars de chez nous, il est en mission secrète, sous les ordres direct du grand C, l’enfoiré, la pourriture.
Il fulminait contre AMIEL
- Il était ! Rectifia Lucas, je lui en ai mis deux dans le citron, désolé, vous pouvez envoyer les nettoyeurs au camping. Écoutez-moi bien commandant, je suis au courant de tout. ATLAS, l’assassina de Robert RITCH par Gill ROSS.
- Quoi ? Bon Dieu, mais c’est la journée des nouvelles foireuses, je me doutait bien qu’elle lâcherait la rampe un jour. Je vais vous faire une confidence Lucas. J’ai toujours eu un faible pour cette femme rebutante, j’ai même pensé un temps lui demandé sa main et tout quitter. Aujourd’hui, elle est morte et je suis au bout du rouleau.
- N’essayez pas m’endormir commandant. Vous m’avez expliqué un jour, que nous étions les fusibles de la république. Aujourd’hui, j’ai avec moi de quoi faire imploser le réacteur de la centrale électrique, sans abîmer les fusibles. Appelez la taupe, j’envoie des codes.
- Vous avez les dossiers, et la fille RITCH?
- Elle est vivante à coté de moi, et je n’ai pas l’intention de la tuer, bien au contraire.
- Je crois que je saisis la situation Lucas, profitez-en.
La taupe arriva dans le bureau en courant, et s’activa sur le clavier de l’ordinateur.
ROUVE regarda les trois vidéos, le sourire aux lèvres.
Il réfléchi deux minutes.
Le moment est venu de franchir la ligne jaune, trancha-t-il, et comme je n’aime pas faire les choses à moitié, je vais effectuer un grand saut jusqu’à la retraite, j’entends d’ailleurs son heure qui sonne. Let’s go Albert !
- Je vous comprends Lucas, il y a eu trop de saloperies de faites. Votre génération veut la vérité, tout de suite. Faites ce que vous voulez. Après tout, c’est peut-être vous qui avez raison. Mais démerdez-vous les deux, la cellule ne peux pas vous aidez. Moi si, je vous envoie un numéro de téléphone perso. Cette personne est intègre, elle vous aidera.
ROUVE raccrocha. Il pausa les doigts sur son clavier, et appuya simultanément sur les touches SUPPR et F8,
Puis sur ENTER. Le dossier au trois fichiers disparut à tout jamais. La taupe le regardait avec un air étonné.
- Vous n’avez rien vu et il ne s’est rien passé. Sommes-nous d’accord ?
- No problèmes patron.
Le commandant s’enfonça dans son fauteuil. Il était détendu. État dans lequel, il n’avait plus été depuis des années. Il avait raté le coche avec Gill, mais il ne raterait pas sa sortie.
Lucas appela le mystérieux numéro personnel.
- TANIN j’écoute.
Il raccrocha, et se tourna vers Déborah.
- ROUVE nous a donné le numéro de Martial TANNIN, le ministre de l’intérieur. Ce sera probablement le candidat de l’UMP, à l’élection présidentielle de deux mille sept.
- C’est risqué amour, mais ce mec me parait cool. Je pense que l’on peut lui faire confiance.
Ils débattirent pendant trente minutes, et élaborèrent un plan.
Lucas téléphona à Martial TANNIN. L’homme était méfiant. Lucas lui promit des révélations fracassantes et bénéfiques à sa carrière politique. TANNIN se détendit comme par magie.
Ils prirent rendez-vous pour le lendemain, neuf heures, Place Beauvau à PARIS.
Il appela ensuite un ancien copain devenu garde du corps. Il lui demanda le téléphone personnel de Karine RENARD, probable candidate du Parti Socialiste à l’élection présidentielle, elle était en tête dans les sondages.
Déborah souhaita appeler la chouchoute des français.
Elle lui parla d’une façon directe, de femme à femme. Elle lui causa de la cellule, de documents décisifs pour deux mille sept, son interlocutrice consentit assez vite à la rencontrer.
Elles prirent également rendez-vous pour le lendemain, neuf heures trente rue de Solferino à PARIS.
Bienheureux, Déborah et Lucas prirent la direction de la capitale.
La machine du changement était en marche, et rien ni personne ne pourrait l’arrêter, pensaient-ils.
10
Déborah embrassa Lucas et lui souhaita bonne chance. Il lui fit un clin d’œil en guise de réponse, sortit du taxi, et traversa la place Beauvau. Le véhicule repartit aussitôt en direction de la rue de Solferino.
Ils n’avaient pas remarqué qu’une voiture les suivait depuis l’appartement de Lucas, dans le seizième.
Le taxi stoppa devant le siège du Parti Socialiste, Déborah paya la course et descendit sur le trottoir. Une voiture passa à coté d’elle et ralentit, le chauffeur l’examina rapidement et accéléra.
- A plus tard ma belle. Marmonna-t-il entre ses dents.
Lucas fut introduit dans le bureau de Martial TANNIN. Le ministre se leva d’un bond et vint lui serrer énergiquement la main.
- Bonjour Lucas, appelez-moi Martial ! Je vous attendais avec impatience, asseyez-vous. Café, coca ?
- Bonjour Martial, je prendrai un café.
TANNIN avait la cinquantaine. C’était un petit sec, du genre suractif. Il appartenait à la génération politique du renouveau, ses déclarations publiques ne passaient jamais inaperçues, il parlait la langue des français et appelait un chat, un chat. Quand certains nantis le taxaient de populiste, il leurs répondait d’aller vivre un mois dans une famille de français moyen et de revenir le voir.
- Allons droit au but ! Qu’avez-vous à me montrer ? Reprit TANNIN après avoir servit le café.
Lucas sortit un C.D de sa veste, le posa sur le bureau, et le recouvrit de trois doigts. TANNIN tendit la main pour prendre l’objet, Lucas l’interrompit dans son geste.
- Attendez Martial ! Je veux d’abord certaines garanties. Avec ce que contient le C.D, vous êtes d’ores et déjà au deuxième tour de deux mille sept. Voila, je suis un agent de la C.S.S.E. et j’ai du sang sur les mains. Du sang de pourri, mais du sang. Je veux pouvoir quitter la cellule en toute liberté, sans être inquiété. En un mot l’immunité, pour moi et mon amie Déborah RITCH. Autre chose, sachez pour information, que mademoiselle RITCH est en route pour le bureau de madame RENARD.
- J’ai deviné votre petit manège Lucas, un couple d’amoureux décide des candidats l’élection présidentielle, c’est cocasse.
TANNIN réfléchit. Il savait négocier, pas du genre à s’entêter pour des broutilles. Il savait lâcher du mou pour avoir ce qu’il voulait. Il se mit à rêvé : Martial TANNIN président de la république, Ce jeune agent à un ticket pour l’Élysée, c’est tout ce qui compte. Il revint sur terre, se leva, et reprit :
- D’accord Lucas ! Votre démarche est bizarre, limite, mais honnête, je l’accepte. Je vous blanchirai tous les deux.
Et pour RENARD Nous sommes en démocratie, elle sera la bienvenue au deuxième tour. Je lui tannerai la peau, comme aux autres.
Lucas retira sa main, il avait ce qu’il était venu chercher.
Ils regardèrent le contenu du dossier, TANNIN exultait. Il était en train de gagner son combat contre le président et le premier ministre. Il repensait à toutes les couleuvres qu’il avait dû avaler, à toutes les humiliations qu’il avait subies. Tout cela est fini, songea-t-il.
- Je vais planter le grand con, s’exclama-t-il. Pouvez-vous m’attendre ici Lucas ? Je dois aller à l’Élysée tout de suite. A mon retour, nous irons à la cellule, je serai enchanté de revoir ce vieux commandant ROUVE.
- Entendu, j’ai tout mon temps. Bon carton Martial.
TANNIN sourit et disparut dans le couloir.
Il réagissait exactement comme le jeune couple l’avait prévu.
Il va faire péter le système et tout de suite, la visite chez le grand C va être rock’n’roll, s’amusa Lucas.
Karine RENARD vint en personne accueillir Déborah. Elles s’installèrent dans un petit salon. Déborah alla droit au but :
- J’ai avec moi deux vidéos authentiques à cent pour cent, elles viennent de la C.S.S.E. Vous connaissez son existence, vous étiez à l’Élysée quand elle a été crée. Je me trompe ?
- Pas du tout, effectivement je connais la cellule, Vous êtes bien renseignée mademoiselle RITCH. Regardons vos documents, si vous voulez bien.
La dernière image disparut, l’écran redevint noir, Karine resta silencieuse un moment, puis dit :
- Ces documents ne sont pas bidon, il y a les codes. Vous êtes la fille de Robert, n’est-ce pas ? J’ai mes dossiers moi aussi Déborah. Je ne vous demanderai pas votre source, simplement à qui d’autre avez-vous montré cela ?
- Mon ami est chez TANNIN en ce moment.
- Je m’en doutais, vous êtes un couple de petit malin. Connaissant TANNIN, il va assurément éjecter AMIEL et FAVRE. Et vous espérez que j’écarte TURPIN, je me trompe ?
- Vous avez deviné notre plan !
- Bien calculé les jeunes, et si tout fonctionne bien, nous aurons un beau duel, droite gauche, l’année prochaine.
- oui, la démocratie recouvrée, Exit deux mille deux. C’est peut être tordu comme plan, mais Lucas et moi sommes des rêveurs. Il est tant que la politique rajeunisse, que les candidats débattent sur de vrais projets, exprime leurs idées, et les appliques une fois en poste. Une utopie réaliste en somme.
- Vous avez frappé à la bonne porte Déborah, c’est exactement ce que je compte expliquer aux français.
- Tout un programme ! Sourit Déborah.
Karine se prit au jeu de la plaisanterie, et. . .
TANNIN déboula comme un fou dans le bureau d’AMIEL, et lui jeta le C.D sous le nez.
- Regardez ça, et dites mois ce que vous pensez faire !
- Avions-nous rendez-vous TANNIN ? Je ne m’en souviens pas.
- Regardez, regardez !
Courroucé AMIEL introduisit le disque dans son P.C.
Il resta Sans voie, momifié dans son fauteuil LOUIS seize. TANNIN ne le laissa pas cogité, il attaqua :
- Je souhaite, votre démission avant ce soir et que vous écartiez votre premier esclave FAVRE de ma route, sinon je balance tous.
- Il y a trop de risques à déballer tout ça à la presse et vous le savez. Les français sont des veaux, ils vous mettront le pays à feu et à sang. Vous n’oserez pas « balancer tous » comme vous dite.
- On parie ! La retraite a sonné Monsieur, partez la tête haute, invoquez une maladie, ou autre. Vous avez jusqu’à vingt heures trente, après je convoque les médiats. Ah ! Encore une chose, appelez ROUVE, je vais de ce pas lui rendre visite.
TANNIN ressortit du bureau au pas de charge, il était aux anges.
- Salopard ! Hurla AMIEL. Le nain, la petite crotte, il m’a baisé, j’avait juré d’avoir son scalpe avant de partir, mais c’est lui qui me met une balle dans la tête. J’aurais dû l’exploser quand j’en avais l’occasion. C’est de ma faute, j’ai laissé ROUVE traîné avec cette histoire d‘intrusion, j’ai agi trop tard. En politique, si tu tends la joue pour prendre une claque, tu te retrouves dans le caniveau, la tête tranchée.
ROUVE accueillit TANNIN et Lucas dans le vestibule d’accès. Ils prirent l’ascenseur et pénétrèrent dans le quartier général de la cellule.
Gratte papier arriva en courant dans le couloir, et tendit une feuille à son patron.
- ET MERDE ! Où est la fille RITCH, Lucas ? En sécurité j’espère !
- Elle est dans PARIS, rue de Solferino. Pourquoi ?
ROUVE partit en courant vers son bureau.
Les deux femmes s’était apprécié, avaient sympathisé et avaient discuté encore trente minutes.
Elles se séparèrent et promirent de se revoir après les élections.
Déborah sortit du bâtiment, passa le sas de sécurité, et prit la direction des champs Elysées. Une petite balade à pied me fera du bien, songea-t-elle.
Elle devait retrouver son homme dans un bar de la plus belle avenue du monde.
Un homme l’attendait sur le trottoir. Il était à cinq mètres d’elle. Il mit la main à son holster, empoigna la crosse de son automatique et marcha en direction de Déborah. Son téléphone crypté vibra, il se figea et décrocha.
- Oui !
- C’est ROUVE, ou en est la mission ?
- Cible vivante à deux mètres.
- CODE BLANC ! Annulez la mission, et rentrez.
- Mais commandant les instructions viennent de la tête.
- Tout et OK avec la tête, je répète CODE BLANC.
- A vos ordres mon commandant, je décroche.
Déborah passa à coté de l’agent sans même le voir, son cœur venait d’échapper à un plomb de neuf millimètres.
Une note manuscrite entre les mains, Lucas était livide. ROUVE raccrocha le téléphone et déclara :
- Vous avez une veine de cocu SERRES, à deux mètres prés votre dulcinée était au tapis.
Lucas déchira la note, elle mentionnait q’un autre agent avait été détaché à l’Élysée.
-Si je peu me permettre Albert, votre cellule est un beau foutoir. En tant que ministre de l’intérieur, je gèle vos activités dés à présent, et ce jusqu’à l’élection de novembre. Et quand je serais élu, je la dissoudrai.
- Quelle élection ? Demanda ROUVE.
- Regardez la télé ce soir à vingt heures, LOUIS quatorze va abdiquer en direct.
- Je vois, bravo Lucas. Espérons que son successeur ne sera pas NAPOLÉON premier, ajouta ROUVE un sourire ironique aux lèvres.
Lucas éclata de rire. Tannin rit (mais jaune).
- Soyons clair, reprit le ministre, Je n’ai rien contre vous Albert, vous avez fait votre job. Tenez la boutique encore deux mois, et vous pourrez prendre une retraite bien méritée.
ROUVE sourit de bonheur, l’idée de la fin lui donna soif.
- Un whisky ! Martial ? Lucas ?
Ils trinquèrent ensembles.
Une page de la cinquième république se tournait.
Déborah désira que son amoureux lui fasse visiter la BRETAGNE, dont il était originaire.
- Pour vivre heureux vivons caché, lui avait-elle dit, de plus on ne sait jamais, avec AMIEL une vengeance est encore possible. De plus, il me semble que j’attire les tueurs en ce moment.
- j’ai remarqué cela ma puce, ce doit être ton odeur de victime innocente, lui avait suggéré Lucas.
- Peut être bien, ou alors mes fréquentations, tu sais Casper et sa bande.
Les tourtereaux pensaient que la décone dans un couple était le pilier central du bonheur.
Le président démissionna et s‘éclipsa de la vie publique, Alain FAVRE fit de même.
Martial TANNIN fut le candidat incontesté de l’UMP.
Karine RENARD invita Michel TURPIN à un visionnage en tête à tête. A la vue de la vidéo, l’ex chef des socialistes, de naturel déjà tristounet, devint mortifère. Elle n’eut aucun mal à le convaincre de la soutenir publiquement.
La campagne électorale fut rapide, les résultats du premier tour furent sans surprises.
RENARD et TANNIN joutèrent pour le poste suprême.
Les amoureux, toujours transit, se régalèrent devant les débats télévises. Un ancien président avait dit, un jour « L’on ne sort de l’ambiguïté, qu’a ses dépends ». La maxime s’avérait fausse.
Les deux candidats s’affrontèrent sur des programmes complètement opposés. Chacun affirma sans retenue ses positions, prit des engagements fermes. Les français, échaudés par des années de mensonges gouvernementaux, furent réticent au départ, puis ils redécouvrirent la politique, la vraie, proche des citoyens et franche. Un engouement naquit dans le pays, les débats firent rage.
Des millions de Français étaient rivés sur leurs sièges ou dans leurs fauteuils, le regard fixé sur la télé, ou l’oreille collé au poste de radio.
A vingt heures, tous les médiats annoncèrent :
- La sixième présidente de la cinquième république est :
Madame KARINE RENARD.
- Enfin une femme ! s’exclama Déborah, une bonne claque pour tous les matchos.
- Bravo ! Chapeau bas Karine, belle victoire, surtout face à TANNIN, ajouta Lucas.
Ils avaient le sentiment d’avoir fait du bon boulot pour la France, ils passaient le relais à Madame la Présidente. Arriverait-elle à rassembler la France ?
Ils burent une bouteille de gewurztraminer vendanges tardives, et s’endormirent passablement éméchés.
Lucas retourna une dernière fois à la cellule pour donner sa démission. ROUVE sur le départ, lui remit un petit paquet,
- Tenez c’est pour votre dulcinée, ce sont les cendres de Mike MERCIER. Bonne chance Lucas, une nouvelle aventure commence. Je ne vous demanderai q’une chose encore.
- Laquelle Monsieur ?
- Restez comme vous êtes. Et prenez soin de la fille RITCH.
- Je n’y manquerai pas commandant. Merci pour tout et bonne retraite.
Ils burent un dernier whisky. Albert offrit la bouteille à Lucas en jurant qu’il ni toucherait plus.
Ils se séparèrent une bouteille plus tard.
Déborah reçut un petit mot de Karine, l’invitant à rejoindre la nouvelle équipe gouvernementale. Elle déclina l’offre.
Déborah retrouva l’emplacement exact, rouvrit le petit caveau, déposa les cendres de Mike sur celles de son père, et replaça la pierre.
- Adieu mes vieux, sanglota-t-elle, vous êtes mort pour une vengeance, et franchement, je pense que ça n’en valait pas la peine.
- Merci Messieurs, ajouta Lucas, je vous doit beaucoup.
Dans dix minutes, ils redresseraient en direction du parking.
Dans dix heures, ils marcheraient en direction d’une salle d’embarquement de l’aéroport CHARLES DE GAULLE.
11
En raccrochant son cellulaire, Déborah RITCH savait qu’elle pouvait tranquillement s’installer sur un siège de la salle d’embarquement.
A la fin d’une phrase, son interlocuteur avait prononcé deux mots : JE T’AIME.
Ce qui signifiait entre autre, qu’il pensait à elle, et que, elle en était certaine, il se dirigeait déjà dans sa direction.
Elle n’avait aucun doute quand à la véracité de la déclaration d’amour entendue au téléphone. L’homme qui l’avait contacté s’appelait Lucas. Ex agent des services secret, il avait été tueur à certaines heures, justicier à d’autres. C’était un personnage singulier, mais exquis.
Elle avait fait sa connaissance à NEVACHE, un petit coin de paradis, perdu dans les HAUTES-ALPES.
Assise sur son siège, enjoué par l’appel, et amoureuse comme jamais, Déborah contempla son homme arriver. Il s’assit à coté d’elle, et l’embrassa tendrement sur la bouche.
Une voie féminine appela les passages du vol AIR CANADA à destination de QUÉBEC.
Nous embarquons dans l’avion. Il se remplit de maudits Français, râleus, critiqueus, et snobinards. Les deux amoureux assis à ma gauche m’on l’air Canadiens. Ils se parlent. Je me suis trompé, ils sont Français. Je suis certain qu’ils se sentiront chez eux au pays d’en haut. Je ne donne pas un an à ce beau brin de fille pour appeler son gars « Mon gros caribou, ou mon grand carcajou ».
Ils visiteront QUEBEC, irons contempler l’aurore sur l’atlantique nord. Ils passeront par MONTRÉAL, irons voir jouer les CANADIENS, en espérant que le seul Français de la NHL (National Hockey Ligue), Cristobal HUET sera sur la glace. Ensuite, ils tailleront la route vers l’ouest jusqu’à DAWSON dans le YUCON. Ils iront admirer le crépuscule sur le pacifique nord. Je leurs apprendrai quelques petits trucs sur le Wild, mais ça c‘est une autre histoire. Leur aventure continuera, Ils parcourront les grands espaces canadiens, et puis. . .
L’avion décolle.
Déborah s’empare de la main de Lucas, et la pose sur son ventre.
-Tu sens ? Lui demande-t-elle.
Il l’interroge du regard, puis comprend tout à coup. Il fait un geste avec ses mains.
Déborah le regarde et acquiesce de la tête. Dans son ventre, la vie prend forme.
Ils se sourient, et s’embrassent longuement.
A SUIVRE…(dans pas mal d'années)
C'est mon premier roman. Vos commentaires sont les bienvenus.
